CONF/DEBAT : « LA CONDITION DES FEMMES EN PRISON »- LE 24/10/2017 à 19 h00

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Conférence / débat « La condition des femmes en prison »

par Madame Solange Pourveur, Presidente de l’AVFPB,

et Monsieur Alain Houart, Docteur en droit Ulg, le mardi 24 octobre 2017

La Présidente a présenté les deux intervenants de la soirée puis elle a passé la parole à Monsieur Houart.

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Monsieur Houart a expliqué que l’univers carcéral était un vaste sujet.

La prison est-elle utile, efficace, surpeuplée ?  Devrait-elle être supprimée ?  Qu’en savons-nous réellement ?

Le but de la rencontre est de répondre à ces questions après avoir effectué un panorama de la vie carcérale en Belgique et de la condition des femmes en prison.  C’est un sujet important même si le nombre de femmes en prison n’est que de 300 à 400 pour la Belgique.  Cette situation est compliquée car les femmes sont souvent des mères de famille et elles supportent difficilement l’enfermement.

L’incarcération des femmes a plusieurs causes : les complicités de vol, les escroqueries, la vente de drogue, les trafics en tous genres, les infanticides, …  Le panorama des prisons en Belgique permet de constater que nous avons effectivement trop peu de prisons.  La prison de Lantin est très vétuste et la prison de Verviers est désertée depuis 2013.  Elle sera d’ailleurs entièrement démolie pour être reconstruite de façon plus  moderne (240 places).

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D’importants changements sont en cours au niveau des prisons belges.  Il y a 11 500 prisonniers en Belgique mais actuellement, il n’y a de place que pour 8 500 personnes.  Cela signifie que la dignité humaine n’y trouve pas son compte et qu’il faut prendre des mesures importantes.  Les visiteurs de prisons connaissent les problèmes annexes au fait d’être enfermé en prison et ils essaient de les résoudre dans la mesure du possible.  La prison sert à punir mais la plupart des prisonniers devront par la suite être réinsérés dans la société.  Pour ce faire, il faut que leurs conditions de vie respectent non seulement la dignité humaine mais ménagent également des possibilités de réinsertion.

L‘objectif est de permettre une réinsertion et d’éviter la récidive.  Chaque prisonnier doit avoir la possibilité de reprendre une vie normale après avoir effectué sa peine.

Monsieur Houart s’est interrogé sur la vie quotidienne en prison et il s’est rendu compte qu’on n’en connaissait généralement rien.  Quant à la vie des femmes en prison, on n’en connaît pas grand-chose non plus, hormis ce qui est présenté dans des films.  L’exposé de Madame Pourveur est précieux à plus d’un titre.  En effet, son rôle de Présidente des Visiteurs francophones de prisons de Belgique fait en sorte qu’elle se rend en prison très régulièrement et qu’elle connaît la vie quotidienne des détenus.  Elle est donc à même d’expliquer ce que pensent les prisonnières et ce qu’elles ont à revendiquer car elle les écoute et les comprend.  Son expérience est vraiment très précieuse dans ce domaine.

 

Madame Pourveur a ensuite pris la parole.

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Avant la création des prisons, il existait des bagnes, des galères et des donjons dans lesquels les prisonniers étaient incarcérés.  On a inventé les prisons à la fin du 18ème siècle pour y enfermer les femmes et donner un aspect plus humain que par le passé à leur détention, ce qui était évidemment totalement faux et très loin d’être plus humain.   Aujourd’hui, la prison a perdu de son sens.

On se demande pourquoi on enferme les gens car rien n’est prévu durant la peine pour les aider à se réinsérer.  Les prisonniers en ressortent avec encore plus de haine qu’à leur entrée et sont encore plus dangereux et ingérables.

 

Il existe 35 établissements pénitentiaires en Belgique mais la prison de Verviers n’est pas reprise dans la liste car elle est inoccupée depuis 2013 et sera bientôt reconstruite pour 2025 au plus tard mais cela n’est pas certain.  Il y aurait alors 240 places.   Chaque province a son / ses établissement(s) pénitentiaire(s).

En 2016, il y avait 10 619 détenus alors que la capacité totale des prisons est de 9 629 places.  Les prisons sont donc fortement surpeuplées.  Il y a 1 601 détenus avec un bracelet électronique.  Vivre sa peine avec un bracelet électronique est une vraie peine car ces personnes n’osent pas sortir de chez elles sauf pour aller travailler.

 

Avant de visiter les prisonniers de Lantin, Madame Pourveur se rendait à la prison de Verviers mais en 2013, cette prison a cessé de fonctionner.  Elle rencontre les prisonniers à leur demande.  La prison de Lantin s’étend sur 12 hectares et est assez immense.  Elle est relativement complète (policlinique, quartier femmes, salles de travail, régie, corps de garde, …).  Ses salles sont crées en forme d’alvéoles car le corps de garde doit avoir une vue sur toutes les ailes grâce à de grandes baies vitrées.  Le Ministre actuel travaille actuellement sur des modifications qu’il souhaite faire appliquer concernant l’enfermement et les peines.  Le Master Plan III a pour but de détruire la prison de Lantin au profit d’une maison d’arrêt beaucoup plus petite et plus fonctionnelle.  Il faut beaucoup de temps pour se déplacer d’un endroit à l’autre et une maison d’arrêt plus petite sera vraiment plus pratique.

 

Madame Pourveur signale que, contrairement à ce qu’explique Monsieur Houart, les détenus sont mélangés.  Il n’y a pas de tri dans les détenus selon les actes qu’ils ont commis et il arrive fréquemment qu’un petit dealer soit placé en cellule avec un caïd, ce qui est très dangereux pour lui et anormal. La Loi n’est pas toujours appliquée en pratique.

 

Quelle est la population dans les prisons ?

Les prévenus (33.50 %) peuvent ressortir innocentés après avoir effectué des mois de prison.  Il y a 58 % de détenus condamnés, 10 % d’internés qui n’ont pas leur place en prison mais comme les hôpitaux psychiatriques sont complets, ces malades passent entre 2 à 4 ans en prison.  C’est énorme et très long.  Leur place n’est certainement pas en prison.  Il reste les jeunes mineurs (très peu), les sans-papiers et les vagabonds (1 %).  La majeure partie des détenus sont Belges (56 %) suivis par des ressortissants marocains.  Il y a évidemment de nouveaux Belges dans ces 56 %.

 

Concernant les femmes :

9 prisons ont un département réservé aux femmes mais cependant, la surpopulation existe aussi chez elles.  Le 26 avril 2017, on a ouvert officiellement une « Section Femmes » car il y avait trop peu de prisons pour femmes.  On y a directement incarcéré 28 femmes.

Le profil des femmes incarcérées est lié à la société qui devient une société d’exclusion.  La pauvreté augmente et l’incarcération suit car enfermement et pauvreté sont liés.  Plus le niveau social est bas, plus il y a de personnes emprisonnées et cela se vérifie via des études et les courbes se superposent au niveau des graphiques dans les statistiques.

55 % de ces détenues n’ont pas de diplôme de l’enseignement secondaire et 30 % n’ont même pas obtenu le diplôme d’enseignement primaire.  Elles proviennent souvent de milieux défavorisés et ont déjà connu beaucoup de souffrances et ont été presque toujours été témoins de la précarité familiale (violences conjugales et intra-familiales, père chômeur, l’alcoolisme, l’inceste, …).  Leurs parents n’avaient pas un emploi stable.  On peut dire que la prison est donc un lieu de pauvres.  Ces femmes reproduisent ce qu’elles ont vécu et la majorité d’entre elles a connu de grandes carences affectives.  Une autre étude montre que 75 % des femmes emprisonnées sont des utilisatrices problématiques des drogues et de l’alcool.  Les actes délictueux sont multipliés avec la consommation de stupéfiants.  Les causes de leur enfermement sont multiples: trafics de stupéfiants, violences sous l’emprise d’alcool, agressions, infanticides, assassinats ou complicités d’assassinat (meurtres prémédités), maltraitances des enfants, …

Lorsque les femmes sont incarcérées, elles se soumettent immédiatement à diverses démarches administratives dès leur entrée en prison et perdent leur identité pour prendre un numéro d’écrou.  On les prend en photo et on prend leurs empreintes digitales.  Elles doivent dès lors abandonner leurs vêtements civils, se laver et revêtir l’uniforme pénitentiaire.  Elles sont ensuite examinées par les médecins qui détectent les toxicomanes et les femmes enceintes.  Elles sont ensuite emmenées auprès du directeur de la prison qui leur explique la raison de leur incarcération car certaines ne comprennent pas pourquoi elles sont incarcérées.  Une assistante sociale les rencontre dans les 4 jours suivants pour leur expliquer la vie en prison, le déroulement de la journée ainsi que les horaires.  Elles reçoivent leur fiche d’écrou où tout est indiqué (rencontres avec leur avocat, visite au parloir, …).  Toutes les détenues sont logées dans une cellule duo et parfois trio dans certains cas.  Chaque cellule fait 9 m² et il y a deux lits, une table, deux chaises, un évier et un wc.  C’est vraiment minuscule et il n’y a aucune intimité.  Elles doivent s’arranger et faire des concessions pour vivre de manière correcte leur détention afin que cela se passe du mieux possible.  Il leur est difficile de se laver devant les autres détenues et d’éviter les moqueries.  La promiscuité est permanente et gênante.

Les femmes qui n’ont pas de petit boulot en prison restent 24 h / 24 en cellule et certaines n’ont plus aucun repère ni d’idée du jour ou de l’heure et sombrent petit à petit dans la folie.

Il y a moyen d’acheter certains produits en prison mais ils sont nettement plus chers que dans le commerce.  La différence de prix se retrouve dans une caisse permettant d’aider les personnes les plus démunies.  Tout se paie en prison (par ex : TV : 19 € / mois mais aucune chaine germanophone disponible – frigo : 6 € / mois) et on constate de grandes difficultés à vivre à deux en cellule car tout se négocie.

 

Comment se passent la journée en prison ?

Au quotidien, la vie est rythmée par les visites des familles et les procédures administratives (Chambre du Conseil,  Service d’Aide Sociale aux Justiciables, …).  Dans la brochure « L’essentiel », tout est expliqué sur la détention mais certaines ne savent pas lire et ne comprennent pas les termes du livret.  Le matin, la plupart des femmes se lèvent à 6 h 30 et les départs vers la régie ont lieu à 7 h 40 pour débuter la journée de travail.  L’idéal serait de leur donner des perspectives d’avenir en leur apprenant un métier.  Pour s’occuper, elles travaillent mais ne gagnent pas plus de 0.72 € ou 0.92 € par heure lorsqu’elles acceptent de travailler.  Le travail n’est pas très important en prison et seuls 1/3 des prisonniers travaillent et touchent une petite gratification (- d’1 € par heure).  Il ne s’agit en aucun cas d’un salaire.  Il arrive que certaines heures ne leur soient pas comptées et le rôle des visiteurs de prison est de faire en sorte qu’elles reçoivent la totalité de cette petite somme bien utile pour leurs petits achats.  Certains prisonniers entretiennent les couloirs, les parloirs, s’occuper du linge, …  et de cette manière, ils restent actifs et ont une occupation.

Certaines entreprises confient du travail à la prison et le travail est effectué correctement.  Actuellement, les détenues sont occupées par la couture de housses mortuaires.

Elles reçoivent 1.80 € par heure si elles tiennent une bonne cadence durant la journée de travail de 6 heures.

 

Si nécessaire, les prisonnières peuvent consulter le médecin mais elles doivent en avoir fait la demande la veille, sauf en cas d’urgence.  A Lantin, il y a un excellent éducateur qui rend un peu d’estime de soi aux femmes dont il s’occupe et il a proposé plusieurs activités très suivies comme de la musculation, un atelier de cuisine, …

 

Qu’en est-il des visites ?

Si le visiteur n’est pas de la famille du détenu, il doit rédiger sa demande par écrit au directeur et l’accompagner d’une lettre de motivation.  Il faudra compter environ 3 mois pour obtenir la réponse.

Les visites à tables sont possibles sous certaines conditions.

Le parloir individuel permet aux détenus de rencontrer leur visiteur.  Le détenu reçoit sa famille (3 personnes maximum) durant une heure.  Les visites internes d’une heure entre détenus peuvent être organisées pour qu’un couple se retrouve à certaines occasions.  Les visites maman / enfant sont gérées par le « Relais Parents / Enfants ».  Il y aussi des visites sans surveillance comme c’est le cas pour les visites intimes d’un couple qui se retrouve dans une chambre à coucher prévue à cet effet.  La sexualité reste présente en prison même lorsque les personnes sont enfermées et cela peut poser des problèmes de jalousie et entraîner des discussions.  La méchanceté est très fréquente.

Il y a aussi les visites de familles dans un endroit plus intime permettant de discuter à l’aise.  Elles durent deux heures et peuvent se tenir deux fois par mois.

Les détenues prennent ensuite l’air dans le préau pendant une heure et se rencontrent pour discuter.  L’après-midi, il y a encore des visites et une sortie en préau s’il y a assez d’agents de surveillance.  Autrement, toutes les activités sont supprimées, ce qui augmente encore le stress, la rancœur et la haine.

 

Quelles sont les activités ?

Les activités ont lieu par niveaux : soit dans un couloir, soit dans des pièces pour les personnes les moins dangereuses.  Il n’y a pas de réfectoire dans les prisons et les détenues mangent seules ou à deux en cellule.  Le soir, à 19 h 30, elles réintègrent toutes leur cellule.

Les personnes qui n’ont pas de famille ont la possibilité de faire laver leur linge à la prison.  Pendant les grèves, certains ont dû garder les mêmes vêtements durant plus d’un mois.  C’est une situation intolérable!  Il y a aussi une bibliothèque, un petit jardin pour y planter des légumes et organiser un repas à quelques reprises durant l’année, …  Des nutritionnistes leur expliquent aussi comment bien manger.  Il y a aussi un atelier zumba et d’écriture.  Un cours de fitness débutera prochainement.

Malheureusement, on constate que les droguées font toujours bande à part et c’est triste de ne pas réussir à les intéresser davantage aux activités proposées.

Le Service d’Aide Sociale aux Justiciables aide les détenues à prévoir leur réinsertion dans la vie civile.  Certaines rares détenues souhaitent se perfectionner et suivent des cours par correspondance.  Les éducateurs du SAJ les soutiennent.  Il existe aussi un module d’aide à la réinsertion (CPAS, chômage, ..) qui a lieu 6 mois avant la sortie des détenues.

Les activités ne sont pas qualifiantes et ne donnent pas accès à un diplôme.  Elles devront passer le Jury central pour y parvenir.

Un ou deux concerts de musique ont lieu chaque année et ils sont toujours appréciés car les distractions sont rares.  Certaines activités sont payantes comme l’accès à une esthéticienne ou une coiffeuse, une fois par mois.

 

Et pour les détenues accompagnées de leur enfant (jusqu’à l’âge de 3 ans) ?

Un couloir prolonge le couloir de détention et est séparé des autres détenues lorsqu’elles ont un enfant en bas âge.  Les chambres sont un peu différentes et individuelles.  Elles ont un accès au jardin.  Auparavant, elles accouchaient à Bruges mais maintenant, elles accouchent à la Citadelle.  Au fond de l’aile, il y a une salle de jeux et une cuisine.  Il arrive qu’un bébé malade soit emmené à l’hôpital et que la maman ne puisse l’assister, ce qui n’est pas toujours facile pour elle.

L’enfant ne peut pas se trouver dans le préau avec les autres détenues mais il doit rester avec sa mère le plus à l’écart possible de ce milieu où un enfant n’a pas sa place.

 

La rencontre s’est terminée par une séance de questions / réponses avec le public.

 

 

POUR LE CENTRE F/H – VERVIERS :

Pascale LECLERCQ,

Secrétaire de direction.