2017 – Le costume féminin au fil des âges

Dans le cadre de la Journée internationale des Droits des femmes, Madame DEBAUVE nous a retracé l’histoire du vêtement par périodes et par régions en partant de la préhistoire et en aboutissant à l’an 2000. Etant donné l’étendue des informations, elle s’est limitée aux vêtements des régions d’Europe occidentale.

 

I- La préhistoire

 

Pour la préhistoire, il a fallu se contenter de vestiges et d’objets trouvés par les archéologues qui les ont exploités afin d’avoir des renseignements sur les civilisations.
Les vestiges retrouvés étaient enterrés avec leurs propriétaires dans des zones tourbeuses qui permettaient, en partie, la conservation des chairs des personnes décédées emballées dans leurs vêtements.
– Nous commencerons par l’époque paléolithique, environ 2000 an avant notre ère, époque où l’homme est encore nomade. Il assure sa subsistance par la chasse et la cueillette et quand les ressources sont épuisées, il est obligé de changer d’endroit.
L’habillement de ces populations consiste à se couvrir de peaux d’animaux et ils se servent aussi de feuilles d’arbres. Ces peaux sentent très mauvais et pourrissent très vite, d’où l’apprentissage du tannage des peaux et de l’assemblage à l’aide de petites aiguilles fines en os.
– A la fin de la préhistoire vient la période néolithique.
Il s’agit d’une population nomade qui commence à se sédentariser. Les hommes connaissent alors l’agriculture et l’élevage car ils élèvent des moutons et d’autres poilus dont ils récupèrent la laine qu’ils filent et tissent. On a retrouvé des vestiges de métiers à tisser qui datent d’environ 3000 ans avant notre ère. Outre le tissage, ils ont trouvé le moyen, avec les fibres animales, de fabriquer du feutre.

 

II- L’antiquité

 

L’Egypte
Une époque importante parce qu’on dispose de témoignages écrits.
Les civilisations comme l’Egypte, l’Asie Mineure, Rome, connaissaient l’écriture et elles nous ont laissé davantage de témoignages. Notamment les Egyptiens qui ont beaucoup d’éléments écrits sur papyrus et sur leurs monuments avec les hiéroglyphes qui nous donnent un tas d’informations sur la manière de
s’habiller ou de se maquiller car les hommes et les femmes se maquillent. Ils ont des traités de cosmétiques et créent des parfums.
On a trouvé une scène de fête sur une fresque dans la tombe d’un grand prête qui date d’à peu près 400 ans avant notre ère et on a remarqué que les dames sont vêtues de vêtements près du corps, de robes fourreaux, elles ont des bijoux, une perruque avec des bandeaux, ce qui implique un habillement raffiné et assez léger (lin).
On remarque aussi que pendant près de 3000 ans qu’a duré l’Egypte antique, le vêtement n’a pas beaucoup évolué. Les personnages sont habillés suivant leur rang social et les gens socialement dits d’une classe inférieure sont représentés plus petits que leurs maîtres.
Dans le tombeau de Toutankhamon, découvert en 1922, on a retrouvé des trésors : un trône en bois recouvert d’une plaque en or et des pierres semi-précieuses, le Pharaon est assis avec sa femme en face de lui.
La femme porte un pantalon, une sorte de legging ainsi qu’un vêtement tissé près du corps, très élégant avec des manches et la robe est plutôt transparente et munie de plis.
Les Egyptiennes portent aussi des robes décolletées et sans manches et les tissus sont si légers qu’on devine au travers le ventre et le nombril. Les tissus sont plissés avec une sorte de gomme qui conserve le plissage.
Les Egyptiens croient en une vie dans l’au-delà et les personnages fortunés préparent cette nouvelle vie en se faisant construire un tombeau contenant des objets de la vie courante ainsi que des statuettes représentant les personnes dont ils veulent être entourés dans leur nouvelle vie pour qu’elle soit agréable, voire même meilleure que la première (statuettes représentant le boulanger, une porteuse d’offrandes, des tisseuses et des fileuses,…).

Ou même ce qu’on appelle des maquettes, des femmes ouvrières ou des artisanes qui sont dans leur atelier, des personnages pour les servir et ainsi ne manquer de rien dans leur vie ultérieure : par exemple, une maquette de 30 cm représentant tout un atelier en train de filer avec un rouet et de tisser avec un métier à tisser. C’est de cette façon qu’on a pu retracer leur vie quotidienne et la façon dont ils s’habillent.
En général, les femmes égyptiennes ont des vêtements assez simples, une sorte de longue tunique sans manche, généralement très décolletée et portant par-dessus une sorte de longue écharpe, un long châle dont elles s’entourent le corps de façon différente selon les besoins. Ces maquettes font penser à des jouets d’enfants, mais elles donnent aussi beaucoup de renseignements aux archéologues sur la manière de vivre en Egypte. Mais le sujet du jour est le vêtement …
Sur une fresque qui se trouve dans la chapelle funéraire de Ramsès II, on voit « Néfertari », son épouse. Elle est habillée d’une robe très légère, soulignée par une ceinture sous la poitrine, des manches papillons plissées. Elle est emmenée par la déesse Hathor qui est aussi habillée avec une longue robe fourreau et des bretelles qui cachent la poitrine.
La Rome antique
L’habillement des Romains de la Rome antique ont un peu copié sur les Grecs.
Voici la représentation d’un vêtement féminin de la Rome antique :
Il est composé de deux pièces principales : la « stolla », une sorte de tunique ; robe qui marque souvent la poitrine par une ceinture en dessous, la deuxième pièce, la « Pala » est une sorte d’étole qui peut être plus ou moins longue et qu’on peut placer différemment selon les heures de la journée ou qu’on peut porter sur les épaules comme une pèlerine et on peut aussi la rouler autour de la taille.
Les Gaulois, les Celtes
Les femmes du peuple portent des vêtements assez simples. D’abord une robe qui peut être à manches courtes ou à manches longues et par-dessus, une deuxième robe ou une tunique plus courte.
III- Le Moyen-âge

 

On voit que les silhouettes des dames changent suivant les époques, il y a des périodes où les vêtements sont près du corps et pour d’autres, il y a des artifices pour donner une allure plus large à la
silhouette et parfois, cela devient plus gracile.
Au Moyen Age, voici différents aspects des robes pour les dames de la bonne société comme on dit, les nobles, les princesses, les duchesses, éventuellement les reines.  Elles portent des robes cousues dans de très beaux tissus, généralement assez lourds et aussi avec des tissus superposés et par-dessus ces robes, elles ajoutent des tuniques ou des manteaux qui sont ornés de broderies et de galons. L’apport des croisades va aussi modifier le costume non seulement des dames mais aussi celui des hommes par des décorations très abondantes. Nous ne pouvons passer cette époque sans vous parler d’un couvre-chef très particulier : le « Hénin ». C’est une coiffe en forme de cône généralement en carton recouvert de tissu et autour duquel vient s’enrouler un voile très léger et plus la dame est de haute lignée, plus le voile est long. On trouve ce chapeau surtout à la fin du Moyen Age.
Nous ferons ici un petit aparté pour vous parler d’une féministe d’origine italienne du début du 15e siècle, une dame très lettrée qui a beaucoup écrit (poésies, biographies, maximes, conseils pour les messieurs : « Comment se comporter avec les dames », enluminures,…). Cette dame monte à cheval en amazone.  Il a donc fallu fabriquer des selles de cheval spéciales pour ne pas que les femmes et les jeunes filles perdent leur virginité en montant comme les hommes.
Les femmes portent aussi des manteaux sans manches très échancrés avec une robe en dessous et elles sont coiffées d’une coiffe en dentelle avec des protubérances. Les robes sont très resserrées à la taille et la mode veut que les femmes aient un ventre proéminent, ce qui est  un signe de beauté et montre leur volonté d’enfanter.
Les femmes du peuple sont mal considérées par l’Eglise.  Elles sont les héritières d’Eve, celle qui a péché et qui est damnée. Leur habillement est très simple et ne change pas beaucoup.
Au Moyen Age, ces femmes sont plus libres de faire ce que bon leur semble et lorsque leur père est artisan, elles apprennent le métier pour pouvoir lui succéder et devenir patronnes lors de son décès. Elles gagnent leur indépendance.

 

IV- La Renaissance


On a découvre d’autres continents, notamment l’Amérique.
L’habit féminin a mis le corps des femmes en valeur avec des femmes nues représentées par BOTTICELLI, entre autres. Celui-ci idéalise la femme et notamment son visage. Les femmes portent des écharpes en tissu broché et brodé. Cette mode ne contraint pas le corps.
A Venise, une porte ouverte sur l’Orient, les portraits représentent des personnes avec des habits riches et sophistiqués, ils sont brochés avec des dentelles amovibles pour le nettoyage. Les dames sont coiffées de chignons ornés de colliers et de perles.
Il faut faire la différence avec les femmes du peuple qui peuvent être habillées très simplement avec un fichu sur la tête. A cette époque, la blancheur de la peau est un gage de beauté et aussi une obsession pour les femmes. On a retrouvé des recettes pour obtenir une peau blanche et une teinte de cheveux blonds vénitiens.  Les Vénitiennes s’exposent volontairement au soleil pour les décolorer et l’urine le permet.

Elisabeth 1ère d’Angleterre est représentée dans des habits très lourds et riches.  Elle est très engoncée dans ses vêtements et porte un corset très serré ainsi qu’une grande fraise autour du cou afin de mettre son visage et sa blancheur en valeur. Les dames portent des jupes très évasées et des manches amovibles dans un tissu de lin et de soie avec des broderies d’or et d’argent.
Au XVIIème siècle, on constate que les fraises autour du cou se portent toujours.  La confection de la fraise ainsi que les coiffes de dentelles sont confiées à des artisans particuliers.

Marie-Thérèse d’Autriche, est représentée avec un gros bourrelet autour de la taille pour faire retomber la jupe de part et d’autre.   A 14 ans, elle est fortement enserrée pour obtenir une taille très menue. Par contre, les habits des servantes, paysannes et artisanes varient peu et sont très simples.  On y retrouve le même genre de formes et de modèles que la confection destinée aux dames de la haute société.
A l’époque du Roi Louis XIV, les dames montent à cheval en amazone.  Des bandes de cuir et une planchette en bois leur permettent de poser les pieds pour être maintenues correctement.
Les gens plus aisés sont vêtus de manière élégante et les petites filles commencent  à se regarder dans le miroir.
Les familles sont habillées de manière simple et l’accent est mis principalement sur le rôle des femmes pour l’éducation des enfants.  Les petites filles apprennent très jeunes leur métier de mère en s’occupant de leurs frères et les garçons étaient habillés comme des filles jusqu’à l’âge de 7 ans.
Les corsets des dames étaient fabriqués en fanons de baleines et permettaient de soutenir correctement le buste. La robe venait se poser par-dessus le corset.
Les robes étaient confectionnées en soie et en fils d’argent.  Les coiffures étaient très hautes et agrémentées d’objets : nid avec oiseaux, bateaux, …  L’aspect pratique était évidemment mis de côté.

Madame de Pompadour, favorite de Louis XV, est surtout connue pour sa beauté et son élégance. Elle porte des robes à l’anglaise en soie brodée qui cachent la poitrine alors que les robes à la française ne cachent pas vraiment la poitrine.  Le jupon est visible sous une jupe ouverte.  On utilise le bois, le métal et les rubans pour maintenir ces robes.

Marie-Antoinette porte des robes et des chapeaux exubérants.  Elle aime pourtant porter des robes simples pour aller dans sa ferme à la campagne et y vivre plus simplement.
Les clubs de femmes ont vu le jour et elles se réunissent 2 fois par semaine.  La Présidente de cette assemblée lit les décrets promulgués par les Parlementaires. Elles en discutent pour savoir s’il faut leur envoyer des félicitations ou des plaintes.  Elles recueillent des dons pour aider les pauvres.  Leurs robes sont simples et chics.

 

V- L’après Révolution


La mode ressemble à la mode antique et on y voit des robes avec des tissus très fluides près du corps. Les coiffures se sont simplifiées avec des cheveux courts retenus par un petit bandeau.  En 1810, on voyait des robes droites, légères avec une poitrine haute et menue.  (Madame Récamier) L’Impératrice Joséphine de Beauharnais porte des robes très fluides près du corps sans trop d’artifices.  En Angleterre, on suivait la mode parisienne de loin. A l’époque de Napoléon III et de l’Impératrice Eugénie, des tableaux de l’époque représentent des femmes avec des jupes évasées et des crinolines. Sur certains portraits, on remarque l’utilisation d’un tissu orné de bouquets de fleurs, une taille très resserrée et la présence d’une crinoline.  Celles-ci permettent d’élargir excessivement les jupes.  Les crinolines sont assez dangereuses car elles risquent de prendre feu vu lorsque les femmes passent devant un feu.  Pour un effet de mode, certaines crinolines épaississent les fesses.
George Sand porte des habits masculins alors qu’un Edit de 1802 l’interdit. Pour certaines professions, des dérogations pour des questions de facilité sont obtenues.
Le port du pantalon pose toujours des problèmes actuellement, même dans les compagnies aériennes, le pantalon était interdit  jusqu’il y a peu.  Certaines écoles belges interdisent toujours le port du pantalon pour les filles.
A partir du milieu du 19ème siècle, la révolution industrielle a vu naître des métiers très dangereux pour les femmes (ex : des femmes qui descendaient à la mine : hercheuses…), d’autres portaient des jupes culottes pour plus de facilité (bicyclette).

 

VI- Durant la guerre


Pendant la guerre, les femmes ont pris la place des hommes dans les entreprises et elles portent des habits masculins pour plus de facilité.  La guerre était là et certaines dames continuent de s’habiller de façon luxueuse alors que la plupart des femmes sont habillées très modestement.
Coco Chanel a commencé en 1916 à utiliser un tissu jersey avec beaucoup d’élégance dans des lignes très fluides.  Paul Poiret, grand couturier français, a banni le corset.  Ses robes étaient très simples et avec une ligne classique.  Les robes du soir étaient quant à elles plus sophistiquées.
Avec cette mode est apparue la combinaison qui se portait sous les vêtements.  Les femmes sont devenues de plus en plus élégantes dans leurs dessous.  Il s’agissait d’un progrès et d’une libération.
En 1926, Coco Chanel crée sa célèbre petite robe noire qui passe partout et peut s’accessoiriser de broches et de bracelets ou d’un chapeau cloche.  Cette petite robe noire a été déclinée en plusieurs modèles (avec veste, manches ou sans manches, …).  En 1928, elle a ajouté un pantalon au tailleur.  La marinière lignée a été créée à cette époque.  Certaines femmes qui s’habillent à l’ancienne ont pu retrouver des vêtements plus élégants et plus modernes.
Pendant la guerre, on demande aux femmes de faire des efforts, de prendre des tissus plus courts pour faire des économies et de dessiner la couture des bas sur leurs jambes pour épargner. Les chaussures sont en bois ou en liège avec des semelles compensées.  Les robes sont découpées dans les rideaux par souci d’économie.  Dans les journaux, on peut lire des conseils pour les confectionner.

 

VII- L’après guerre


En 1947, Christian Dior a créé une nouvelle ligne de vêtements appelée le New-Look. On y retrouve encore la gaine, des jupes serrées et des jupons.  Les femmes sont à nouveau engoncées dans leurs habits.  En revanche, Coco Chanel a créé son fameux tailleur Chanel en tweed, à porter avec un chemisier et un collier.  Ce tailleur a connu une gloire dramatique avec l’assassinat de JFK lorsque celui de Jackie Kennedy a été complètement imbibé du sang de son mari.
Karl Lagerfeld a repris la Maison Chanel.  Le tailleur Chanel est resté au catalogue mais il a modifié le bas du tailleur.
Yves-Saint-Laurent invente les tailleurs pantalons et les présente au public lors de ses défilés. Il crée  aussi les sahariennes.  Les longueurs de jupes autorisées font l’objet de dessins satiriques.
Puis vient la mini-jupe portée par le mannequin Twiggy. Courrèges en est le promoteur.
La mini-jupe n’est pas contestée en Europe, en Amérique ou au Congo.  Par contre, elle est juste tolérée en Russie mais en Arabie et dans les Emirats-Arabes, elle est totalement interdite.  Les sanctions sont très dures et vont jusqu’à la mise à mort.  La longueur de la jupe des femmes a toujours entraîné les critiques masculines.

Par un résumé succinct, j’ai essayé de retracer l’histoire du costume féminin contée par Madame DEBAUVE, mais sa présentation a été si riche qu’il a fallu la réduire au maximum.
Je remercie bien sincèrement Madame DEBAUVE pour le travail d’une spécialiste hors pair dont elle nous a fait profiter.
Jeannine GERLACH, présidente du CFHV.

 

 

2016 – L’immigration italienne

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Intervenants :

Monsieur Claude DESAMA, Docteur et Professeur en Philosophie et Lettre à l’Ulg / Historien

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La Présidente a remercié Monsieur Desama et le public pour leur présence et a entamé son discours pour introduire cette rencontre.  Une trentaine de personnes étaient présentes.

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Monsieur Desama expliqua que lorsqu’on parle d’immigration italienne, on se focalise toujours sur le Protocole du 20 juin 1946 comme si cette immigration avait commencé à ce moment-là alors qu’elle a débuté bien plus tôt.  Ce Protocole a été un élément tout à fait nouveau dans l’histoire de l’immigration en Belgique.  On a dit que c’était de la main-d’œuvre contre du charbon mais c’est plus compliqué que cela.  De cette façon, on a ouvert une voie qu’on a relancée en 1964 lorsque la Belgique a signé des accords avec le Maroc et la Turquie pour faire venir des travailleurs étrangers.  L’immigration italienne reste un événement important car il est rare d’avoir vu tant de personnes venir en si peu de temps pour travailler en Belgique et faire souche à Verviers comme dans d’autres régions.  Il s’agit de la première communauté étrangère en Belgique.

Les premières traces d’immigration italienne remontent à la fin du 19ème siècle lors de l’installation de migrants du Piémont, de la Lombardie qui venaient pour l’essentiel dans la région verviétoise et Liégeoise.  La misère régnait en Italie et la répression politique les a dirigés vers la Belgique qui a toujours eu la réputation d’être une terre d’accueil.  Fin du 19ème siècle, les Italiens étaient employés dans des petits boulots (garçons de café, ouvriers de voirie, ardoisiers, métallos, …) qui n’intéressaient pas les Belges.  A l’aube de la guerre 1914 / 1918, on ne dénombrait pas moins de 4 500 migrants dans le pays.

La guerre se passa et au moment de l’entre-deux guerres, une deuxième vague plus importante est arrivée.  D’une part, les personnes fuyant le régime de Mussolini (des ouvriers) sont venus pour des raisons politiques et d’autre part, il y avait des mineurs car on a ouvert et développé les mines du Limbourg et de nombreux Italiens sont venus pour y travailler.  Dans la région de Genk, il persistait toujours une forte population italienne issue du nord de l’Italie, du Piémont et de la Lombardie.  Le mouvement migratoire était important à cette période et en 1938, on comptait 30 000 migrants italiens dans notre pays.  On voyait à l’œuvre des luttes entre les pro-fascistes et les anti-fascistes.  Les grands groupes italiens étaient représentés.  Les familles Vastapan et Domenico Ruffo di Calabria, (famille de l’ancienne Reine Paola) étaient bien installées en Belgique.  Elles ne cachaient pas leur sympathie pour le régime mussolinien.  Cette période de la guerre fut difficile pour les Italiens car la police belge n’était pas neutre dans ce conflit et la Police et la Sureté de l’état chassaient davantage les militants communistes que les fascistes.  Les deux camps ont eu des comportements tout à fait différents.  Les Italiens fascistes ont fait de la collaboration avec l’occupant pendant toute la seconde guerre mondiale tandis que les communistes sont entrés dans les camps et y sont morts.

L’organisation de la résistance en région liégeoise était particulièrement active et dirigée par un Italien du nom de Matteoli qui fut arrêté par la Gestapo.  Il a joué un rôle non négligeable dans la résistance dans nos régions.  Les Italiens se sont battus dans la résistance et espéraient être reconnus.  Cela ne s’est pas passé comme ils l’espéraient car on était déjà au lendemain de la guerre et dans une situation qui n’était plus nécessairement un régime fasciste mais le régime soviétique et communiste survenait.  Ces résistants ont constaté avec déplaisir que certains Italiens avec un passé fasciste ainsi que le personnel de l’ambassade italienne et qu’ils occupaient le devant de la scène.  Il existait donc un trouble au niveau des Italiens progressistes.

Entre eux, ils ont créé le comité de la libération qui devint par la suite le comité libéral collaborant avec le soutien des organisations syndicales pour une réorganisation entre l’Italie et la Belgique.  C’est dans ce type de négociations avec le Cabinet du Ministre Achille Vanacker, qui était le Premier Ministre et Ministre du Charbon, qu’ensemble, ils ont pu discuter de la situation des Italiens qui se trouvaient dans une misère noire en Italie.  Le redressement des économies occidentales était lié directement au charbon.  La Belgique produisait du charbon mais connaissait une situation difficile.  La production du charbon était tombée de 50 % et il fallait remettre en place l’outil de production et la main-d’œuvre par la recherche de mineurs.  L’Italie a obtenu un droit de tirage sur la production du charbon belge au cas où elle en aurait besoin car le charbon belge était cher et l’Italie s’approvisionnait alors dans d’autres pays.  Elle souhaitait un tirage automatique en Belgique à raison de 200 kg de charbon par jour et par homme.  En contrepartie, l’Italie s’engageait à envoyer 2 000 travailleurs dans les mines belges.

Après de longues négociations en septembre 1945, on signa finalement le 20 juin 1946 le Protocole d’accord Italo-Belge. Ce Protocole a rappelé l’accord du charbon de 1945 pour 2 000 ouvriers par semaine.  Les mineurs devaient avoir moins de 35 ans et se présenter à une gare de départ.  Une visite médicale et un contrôle de la Sureté de l’Etat belge étaient obligatoires ainsi que la signature d’un contrat de12 mois pour lequel leur visa était valable.  Chaque contrat pouvait être renouvelé et prolongé.  Ces travailleurs avaient des droits et des garanties selon le Protocole : le droit à un logement convenable (ce qu’ils n’ont pas reçu), une nourriture conforme autant que possible à leurs habitudes alimentaires dans le cadre du rationnement belge, des conditions de travail, des avantages sociaux et des salaires établis sur les mêmes bases que ceux des travailleurs belges (cela n’a jamais été appliqué), au paiement des allocations familiales pour les enfants résidant en Italie (cela leur a été accordé).

Les droits et devoirs des patrons charbonniers étaient nombreux.  Les droits étaient bien supérieurs aux devoirs.  Ils devaient essentiellement suivre le devoir moral de respecter les engagements et de payer un interprète pour chaque train complet allant d’Italie à Namur ainsi que de nommer un homme de confiance dans les cinq bassins miniers pour la surveillance des travailleurs.

Comment les choses se sont-elles passées dans les faits ?  D’abord, les travailleurs étaient recrutés et soigneusement sélectionnés dans le nord de l’Italie (Piémont, …) car c’était une exigence de la Belgique d’avoir des Italiens du nord.  Les recruteurs allaient dans les bourses du travail pour un recrutement direct.

Une fois engagés, ces pauvres gens étaient entreposés dans les caves de la grande gare de Milan et ensuite, ils montaient dans les trains (un par semaine) réservés à cette population et fermés de l’extérieur.  Ils ne pouvaient donc pas en sortir.  Les conditions d’hygiène et de promiscuité étaient telles qu’en 1954, le chemin de fer suisse a interdit le passage du train venant de Milan car on avait constaté lors de l’arrêt en gare les conditions inhumaines subies par ces migrants.  Ce voyage durait 52 heures !

Quand ils arrivaient en Belgique, les Italiens ne descendaient évidemment pas dans les gares de voyageurs mais étaient redirigés vers les gares de marchandises où personne ne pouvait les voir.  Ils étaient regroupés en puits et chaque puits avait son quota de travailleurs.

Les charbonniers envoyaient les camions qui les chargeaient vers les mines.  Les logements n’étaient pas du tout convenables, loin de là !  En réalité, la Belgique n’avait pas de logements à proposer car elle connaissait à cette époque une importante crise du logement.  Tout ce qu’on avait trouvé, c’était des baraquements utilisés pendant la guerre pour les prisonniers russes qui travaillaient dans les mines pour extraire le charbon puis des prisonniers de guerre allemands, des déserteurs et autres personnes déplacées.   Il n’y avait aucun confort.  Juste des paillasses jetées sur des lits superposés en bois …

Vers 1948, les conditions de logement se sont un peu améliorées mais sont restées néanmoins très précaires.  Ces jeunes hommes n’étaient pas pour la plupart des travailleurs d’usines car ils venaient du monde agricole.  On les emmenait dans ces baraquements puis sur le lieu de travail pour en faire des mineurs de fond.  Ces gens ont donc passé leur vie dans les champs puis se sont retrouvés au fond d’une mine pour travailler des heures et des heures, sans soleil, ni air et dans des conditions extrêmement malsaines.  Un certain nombre d’entre eux se sont suicidés.  Ce phénomène avait une ampleur importante car de 1946 à 1948, 62 000 migrants (3/4 d’hommes pour ¼ de femmes) sont arrivés et ont été fort mal accueillis chez nous.  Dans les cafés, on interdisait l’accès aux chiens et aux Italiens.  La xénophobie se portait déjà fort bien à l’époque.

En 1947, un recensement dénombrait 114 000 mineurs dont 28 000 Italiens.  En 1956, ils étaient     107 000 dans le fond de la mine dont 42 000 Italiens.  Ceux qui arrivaient travaillaient dans la mine dans les conditions les plus difficiles.

Les accidents de mine étaient fréquents, comme l’accident du Bois du Cazier, le 8 août 1956, qui signa un tournant dans l’histoire de l’immigration italienne.  Il faut savoir que malheureusement, cet accident, a fait payer un lourd tribut à la mine.  Entre 1946 et 1956, y compris l’accident de Marcinelle, 1 000 Italiens ont laissé leur vie dans des accidents de la mine.  Marcinelle est un peu presque dans la moyenne.  Il y a eu 232 morts dont 162 Italiens.  Cela a marqué fortement la région.  Marcinelle marque à ce point un tournant car les relations entre l’Italie et la Belgique s’étaient fortement dégradées avant l’accident du Bois du Cazier.  En effet, les familles de mineurs italiens avaient envoyé des courriers au gouvernement italien pour se plaindre de la manière dont les mineurs étaient traités en Belgique.  Cela avait fortement interpellé le gouvernement et dégradé des relations déjà difficiles.  En 1948, ils ont exigé une modification du Protocole et la création d’une commission mixte chargée de veiller aux problèmes d’encadrement, de logement et de vie des travailleurs italiens ainsi que la sécurité dans les mines.

Si les mines ont créé de tels ravages, c’est parce que les charbonniers accordaient assez peu de moyens aux mineurs.  Les Belges traînaient les pieds pour remplir leurs obligations pour la sécurité des mineurs.  L’accident du Bois du Cazier a été la première catastrophe minière qui a bénéficié d’une couverture médiatique extrêmement importante.  Jusqu’alors, c’était connu mais cette situation restait dans l’indifférence générale.  La télévision a diffusé des images en direct du Bois du Cazier et la presse a amplifié considérablement cet événement dramatique quant à la condition des travailleurs italiens.  Le gouvernement italien a donc dénoncé le Protocole et cessé l’immigration italienne.

En 1952, l’Italie n’avait plus besoin du charbon belge.  En effet, le Traité de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (le CECA) avait résolu le problème du charbon et par conséquent, ce n’était plus nécessaire et l’Italie en a profité pour mettre fin au Protocole car cet accord était de moins en moins accepté par l’opinion publique italienne.

Cependant, l’immigration italienne n’a pas cessé à ce moment-là, bien au contraire.  Elle n’a fait que s’amplifier.  Elle est différente car elle n’est plus officielle ni encadrée et n’a pas pour but d’aller travailler dans la mine.  C’est une immigration volontaire, familiale et économique plus diversifiée ; ces gens travaillent dans d’autres secteurs économiques en Belgique.  La métallurgie, la sidérurgie et le textile cherchaient des ouvriers en cette période de plein emploi.  Le Service public se développait de plus en plus.  Les boulots que les Belges n’aiment pas faire (relever les déchets, nettoyer les rues, …) permettent d’offrir des emplois aux Italiens qui viennent de toutes les régions d’Italie.  Cette immigration provient essentiellement du sud de la Botte de l’Italie (Calabre, Sicile, …).  Cette immigration est considérable : 30 000 migrants en 1949 et 300 000 en1970 sur une population de     10 000 000 d’habitants.  Ils représentaient la moitié des étrangers installés en Belgique.

Il faut distinguer la phase dédiée au charbon et la phase de poursuite de l’immigration italienne.  Dans la première vague, des familles s’étaient installées en Belgique et une deuxième vague s’est installée par la suite et a créé des ramifications.  En 1980, une troisième vague a apporté des Italiens qui ont travaillé à la Communauté européenne ainsi que dans les institutions et entreprises installées avec le développement du marché commun et du grand marché par la suite.

On peut s’interroger sur les relations entre les Italiens et les Belges.  Une grande enquête avait été menée à la fin du 20ème siècle, en 1980 et en 2008 pour connaître les relations entre eux et le profil des Italiens.  Aussi bien en 1980 qu’en 2008, on note de la part des Belges le maintien des mêmes stéréotypes qu’au début de l’immigration italienne comme, par exemple : la fainéantise, le profit, la manipulation et le goût immodéré pour les femmes des autres.  On pensait que ces stéréotypes n’existaient plus mais c’est faux.

Au-delà de l’opinion publique, les partis politiques étaient très divisés sur l’Accord charbon et à l’arrivée des travailleurs italiens, il y avait une certaine division qui s’est estompée au fil du temps et cela n’a plus posé de problèmes.  Au niveau de l’église catholique, l’opinion a beaucoup varié.  Lors des grandes migrations, l’Eglise a joué un rôle important pour l’accueil et l’encadrement même si son attitude a varié selon les périodes.  Une série de locaux et d’associations (« Casa Nostra » notamment) servaient de points d’accueil et de socialisation des migrants italiens.

Les syndicats ont eu une attitude paradoxale car ils étaient opposés à la venue de main-d’œuvre étrangère dans les mines belges.  Etant donné l’obligation d’y avoir recours, les syndicats ont finalement collaboré pour faire en sorte de faire passer les choses de manière plus simple.  Ils ne se sont jamais battus pour que les immigrés italiens aient les mêmes droits que les Belges car la base syndicale était opposée à cela.  C’est arrivé par la suite au fil du temps mais après de nombreuses difficultés.

Les Italiens se sont assimilés en Belgique d’une manière personnelle et ont gardé une ethnicité symbolique.  Cela signifie qu’ils souhaitaient garder la volonté absolue d’être propriétaires de leur maison (encore + important que pour les Belges) pour un meilleur enracinement dans le pays.  En 2008, le code d’honneur des mariages était toujours existant avec le rituel de beaucoup de familles italiennes.  Le rôle de la femme reste une vision traditionnaliste par rapport à la vision générale belge.  C’est moins évident en 2008 qu’en 1980 mais cela reste un élément distinctif.  Le sens de la famille est toujours très important.  C’est aussi un soutien important aux chanteurs et au peuple italien (football) qui prouve une affectivité vis-à-vis de ce qui est italien.  Les Italiens regardent volontiers la RAI.  Les habitudes culinaires ont été conservées et transmises à la Belgique qui en a été influencée dans certains domaines.  Pendant longtemps, les comportements politiques étaient plutôt portés vers les partis extrêmes.

Les Italiens sont intégrés dans leur classe sociale (principalement la classe ouvrière).  On les retrouve dans toutes les couches de la société et dans tous les secteurs économiques.  Ils ne sont pas victimes de discriminations comme d’autres migrants.

Dans les régions du Limbourg, le borinage, la région verviétoise et liégeoise, le chômage les touche davantage que les Belges.  Le cas des Italiens est intéressant à étudier en matière de discriminations.

Jusqu’en 1980, ils votaient en faveur du Parti communiste italien.  Depuis lors, ils votent essentiellement à gauche mais de façon beaucoup moins nette et leur comportement a été étudié.  Au niveau des élections européennes, peu d’entre eux s’inscrivent sur les listes électorales.  Leur mobilisation est assez légère sauf dans les élections locales avec des candidats italiens bien placés.  Dans certaines communes (Ans, Grâce-Hollogne), il y a beaucoup d’Italiens élus.

Après 1980, l’immigration italienne se retrouve implantée principalement à Bruxelles.  Il s’agit d’une majorité d’Italiens du sud et 40 % de Siciliens.  Actuellement, il reste 52 % d’Italiens nés en Italie en région liégeoise et dans le borinage.  44 % d’entre eux sont en Belgique.

En conclusion, on peut dire qu’il faut déconstruire le mythe de l’intégration parfaitement réussie.

Les Italiens sont intégrés mais il reste encore du chemin à parcourir.  Leur intégration en Belgique s’est accélérée à l’arrivée d’autres courants migratoires.  Au départ, ils étaient considérés comme les étrangers puis en 1972, d’autres migrants ont repris « l’étiquette » peu valorisante d’étrangers.  En conséquence, cela a favorisé l’intégration italienne.  Malgré le nombre importante d’Italiens en Belgique (à Verviers : les non-Belges ce sont les Italiens, puis les Français et ensuite les Marocains et Turcs), on constate qu’il s’agit d’une communauté très importante mais peu puissante.  Elle ne pèse pas dans la vie politique ou sociale à l’opposé de la communauté juive qui, elle, pèse très lourd dans la vie politique belge.  Aucun lobbying italien n’est présent chez nous.

La mentalité belge conserve des stéréotypes à l’égard des Italiens et cela ne correspondent pas à une réalité mais cela reste difficile de les éliminer avec le temps.  On arrive actuellement à la 4ème génération dont la majorité est Belge, née en Belgique, sans racines en Italie et pourtant, ces gens continuent de s’identifier à des régions italiennes et à des célébrités italiennes.

Cette immigration est surtout connue par la signature du Traité « Charbon / Main d’œuvre ».

Une séance de questions / réponses a clôturé la rencontre.

2016 – Sensibilisation à la traite des êtres humains et à la criminalité qu’elle véhicule

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Intervenants :

  • Madame Nathalie VANDEWEERD, 1er Substitut du Procureur du Roi de Liège / Spécialisée dans la traite des êtres humains ;
  • Monsieur POISSEROUX, Inspecteur à la Police fédérale de Verviers ;
  • Mesdames Annick BOSET et Nathalie LEENS de l’asbl SURYA à Liège.

Modérateur : Alain HOUART, Juriste du Centre / Magistrat honoraire au Tribunal de Verviers.

La Présidente a remercié les intervenants et le public pour leur présence et a entamé son discours d’introduction de la rencontre.

Ensuite, Monsieur Houart, le modérateur, a présenté les 4 intervenants et annoncé le programme de la rencontre.

La problématique de la traite des êtres humains est particulièrement importante car les victimes ne sont pas en ordre, n’ont pas de papiers et sont donc elles-mêmes délinquantes et elles ne peuvent surtout pas se plaindre.  Les victimes de traite n’étaient pas entendues par le système judiciaire belge mais depuis 2005, date de la Convention de Varsovie elles sont entendues et auditionnées.  Les asbl sur le terrain les reçoivent, les aident et les hébergent même, comme le fait l’asbl SURYA.

Le cadre de la traite des êtres humains est ciblé pour notre rencontre du jour.  Le trafic des êtres humains hors UE est prioritaire car il s’agit bien de personnes hors Europe qui veulent y entrer clandestinement.  La situation s’est encore davantage aggravée depuis la vague importante d’immigration issue d’Afrique et du Proche – Orient.  La mission des intervenants de terrain s’est compliquée car ils doivent maintenant travailler avec beaucoup de Lois et de Règlements qui n’étaient initialement pas prévus pour répondre à l’afflux de migrants.

La traite des êtres humains consiste en de l’exploitation sexuelle, du proxénétisme, de l’exploitation des travailleurs en noir, de l’exploitation de la mendicité, du don d’organes non consenti, une location d’immeubles à un prix très exagéré.  Chacun doit se loger et certains propriétaires malhonnêtes louent des logements insalubres à prix très élevé.  Ce sont les « marchands de sommeil ».

Les mariages forcés font aussi partie de cette problématique mais ils ont des raisons culturelles propres à chaque pays.  Un travail indépendant sur la culture est à faire dans le cadre de ces mariages.

Madame Vandeweerd a précisé qu’elle souhaitait présenter le travail en duo avec la Police car ces deux acteurs de terrain travaillent ensemble au quotidien.  Les Services de Police sont de plus en plus amenés à travailler sur ce thème.  La matière de la traite des êtres humains est centralisée au Parquet de Liège même si les événements se sont produits à Verviers.  Madame Vandeweerd gère tout l’arrondissement.

Monsieur Poisseroux a présenté l’organigramme de l’arrondissement judiciaire de Liège.  La division d’enquête 3 « Criminalité contre les personnes » est basée à Liège et est composée de 3 sections : homicide et 2 « TEH » liées aux infractions de criminalité organisée en matière de traite.  Une autre section est orientée vers le trafic et l’exploitation économique.  En termes de fonctionnement, les coordonnées des Services de Police seront présentées en fin d’exposé.  Tout est centralisé sur Liège mais la Police locale a un rôle important avec une mission d’accueil, d’écoute et d’orientation.  Les Zones de Police sont susceptibles d’accueillir des plaignants et des victimes.  Vu la complexité des problèmes, les victimes sont toujours orientées vers la Police judiciaire sous l’égide du Parquet compétent de la Province.

Il faut absolument bien différencier la traite et le trafic d’êtres humains.  Les deux infractions sont bien distinctes.  Le trafic d’êtres humains entre dans la Loi sur les étrangers.

Dans les dossiers de traite, les deux infractions peuvent se retrouver superposées malgré que ce soit pourtant deux infractions bien distinctes.  L’article 77bis qui réprime le trafic des êtres humains contribue à permettre l’entrée en union européenne d’un sujet qui n’est plus autorisé à y rester et la répression est extrêmement importante.  On ne peut pas exploiter ces personnes dans de mauvaises conditions.  A partir de l’entrée, du transit et du séjour, on en arrive à un phénomène de migrants venus de Centre Afrique et de Moyen – Orient.  Le reste génère un grand nombre de situations problématiques sur le plan de la traite des êtres humains.  La matière est politiquement évolutive et selon les traités internationaux, les règles évoluent constamment.

Un illégal devra payer des fortunes à son passeur pour pouvoir arriver en Europe.  L’aide au séjour est l’appui donné au départ en tant que simple aide pour fournir l’entrée et le séjour dans les mêmes conditions.  Le législateur est devenu plus répressif et les peines encourues sont assez lourdes.  Un flux migratoire à des fins inavouables est effectué en dépit des réglementations et de la Loi.  Avant 2005, on ne considérait le trafic des êtres humains qu’envers les personnes d’origine étrangère alors qu’il peut aussi toucher des Belges.

Les personnes qui n’ont pas le droit d’entrer seront poursuivies si elles tentent d’accéder au territoire.  Le cadre législatif est devenu beaucoup plus répressif et les deux Lois ont des philosophies bien différentes.  Le Code pénal punit les auteurs et la Loi punissait au départ les victimes mais les mentalités ont changé et les législateurs ont considéré qu’il fallait condamner ceux qui s’enrichissent sur le dos des gens dans la misère.

Constituent l’infraction de traite des êtres humains le fait de recruter, de transférer, de transporter, d’héberger, d’accueillir une personne, de prendre ou de transférer le contrôle exercé sur elle.  Il s’agit de la première action qui est la première condition d’existence d’infraction de traite des êtres humains.  La deuxième action reprend les différentes finalités.  Il en existe cinq.  La traite des êtres humains peut avoir un très large panel d’infractions différentes.

Les cinq finalités sont :

  • L’exploitation de la prostitution ou de l’exploitation sexuelle (différent de la prostitution) sans qu’il y ait de « mise en vente » de la victime ;
  • L’exploitation de la mendicité qui est très difficile à prouver. On compte très peu de dossiers ;
  • L’exploitation économique libellée à des fins de travail ou de services contraires à la dignité humaine ;
  • L’exploitation à des fins de prélèvements d’organes et de tissus humains (difficulté de la preuve). Le système de fonctionnement médical et paramédical en Belgique permet heureusement de ne pas faire n’importe quoi ;
  • L’exploitation de la réalisation d’un crime ou d’un délit contre son gré (comme la problématique des dealers qui sont forcés de vendre de la drogue ou le vol de métaux par des étrangers). Il est très difficile d’établir les faits et de savoir que la personne a été obligée de commettre ces faits.  La personne doit déjà affirmer qu’elle devait commettre l’infraction et prouver qu’elle n’avait pas d’autre choix que de la commettre).

Le statut des personnes reconnues victimes de traite change.  Elles passent alors sous le statut de victimes de traite des êtres humains.  C’est très difficile de travailler sur ces dossiers.  Parfois, on ne parvient pas à établir les faits et à impliquer une personne de A à Z car les enquêteurs ne peuvent pas toujours prouver suffisamment les faits et établir le déroulement réel des infractions.  En réalité, deux grandes finalités sont rencontrées en Belgique.  Il s’agit de la finalité d’exploitation sexuelle gérée par le Parquet et Mme Vandeweerd qui est Magistrate de référence ainsi que la finalité à exploitation économique dont les victimes sont principalement des hommes et qui est gérée par le Magistrat au niveau de l’Auditorat du Travail.

En Belgique, il faut donc une action et une finalité (voir les cinq finalités ci-dessus) pour pouvoir établir des faits avérés.  Le législateur belge a encore été plus strict.  Les moyens (circonstances aggravantes : abus de vulnérabilité, contrainte, …) permettront d’aller plus haut au niveau de l’échelle des peines et de la condamnation de l’auteur et les poursuites ont été facilitées au niveau du Parquet.

Au niveau de la victime, Belge ou étrangère, il faut son consentement pour établir les faits.

L’entrepreneur du crime ne doit pas être banalisé mais il y a souvent un auteur unique dans la plupart des cas.  L’infraction de traite existe même si il n’y a qu’une seule victime.  Il faut évidemment une intentionnalité dans le chef de l’auteur pour poursuivre l’auteur.

On peut se demander si la traite des êtres humains concerne Verviers.  Oui, bien sûr, et beaucoup.  Il ne s’agit pas nécessairement de gangs internationaux mais de plus petits groupes comme, en 2012, le cas du restaurant « Cité Wok » qui exploitait son personnel en noir en le frappant et en utilisant des méthodes inhumaines.  Le personnel avait un salaire de misère et ne disposait pas de ses papiers.  En 2013, une Roumaine exploitait un salon de massage et les employées n’avaient aucun autre choix ni protection sociale pour s’en sortir.

En 2013, un groupe de Roumains cherchait à vendre une jeune fille pour 5 000 € puis pour 1 000 €, faute d’acheteur. Des réseaux de trafiquants sont moins fréquents en région verviétoise.

Les dénonciations et les plaintes sont rares.  La victime doit pouvoir se plaindre sans prendre le risque de partir en prison. De plus, la Loi et le Code pénal doivent définir en quoi consiste l’infraction.  Tous les Magistrats qui envoient une personne devant le Tribunal doivent faire preuve d’une enquête parfaite pour obtenir la condamnation des auteurs.  La Police doit aussi avoir des moyens suffisants pour mener son enquête.

Les « marchands de sommeil » font venir les victimes de l’étranger et ont recours à un intermédiaire pour proposer des logements insalubres à un prix trop élevé.  Des mariages forcés et adoptions illégales sont considérés comme des phénomènes à part consistant en des pratiques culturelles qui n’ont pas cours en Belgique.  Il faut faire la part des choses en termes d’enquête et de capacités.  Il faut toujours bien se fixer à son dossier et ne pas en sortir.

Les étrangers qui sont exploités à des fins de travail ne bénéficient d’aucune protection sociale et sont donc encore plus fragilisés.  La Police et l’Inspection du travail doivent chiffrer la perte à payer au fisc, à l’ONSS, …  Une personne occupée en noir à un salaire très bas n’entre pas systématiquement dans la traite des êtres humains car il faut pour cela constater une prise de contrôle sur celle-ci mais il y aura des poursuites pour proxénétisme.

En 2013, une Loi réparatrice est entrée en vigueur pour étendre les infractions au niveau des prestations de services qui échappaient à des poursuites.  Des personnes (jeunes filles au pair, …) devenaient des esclaves à domicile et il était impossible de poursuivre ces abus en sphère familiale.

La notion de dignité humaine est primordiale.  Il est important que les débats devant les juridictions le prouvent.  La jurisprudence apprécie ce terme en fonction de l’époque actuelle et de la Belgique. Souvent, les victimes n’ont pas l’impression d’être victimes car elles sont mieux traitées en Belgique et pourtant, elles se trouvent dans des conditions contraires à la dignité humaine.  Pour les victimes, il est difficile de concevoir leur statut de victime.  Les tribunaux doivent apporter les éléments qui traduisent un asservissement ou une atteinte à la dignité humaine (faculté de se mouvoir ou de se déplacer, …).  Psychologiquement, les auteurs ont une grande emprise sur les acteurs.

L’infraction de traite des êtres humains est reconnue au niveau de la Police et du Parquet dès que les indices sont suffisants pour la prouver et apporter un statut de régularisation au niveau des papiers de la personne.  Il faut toute une série d’informations pour qu’elle obtienne enfin ce statut spécifique.

L’asbl SURYA entre en contact avec la victime et donne des éléments pour qu’elle soit considérée dans son intégrité.  Les travailleurs sociaux parviennent la plupart du temps à lui faire comprendre qu’elle est réellement victime.  C’est une procédure spécifique à suivre.  SURYA aide les victimes belges et étrangères sans titre de séjour.

La période de réflexion de 45 jours (ordre de quitter le territoire) permet à la personne de se considérer victime et de déposer une plainte.  La victime peut surtout prendre ses distances avec les auteurs.  Dès que la plainte est introduite, la personne reçoit pendant six mois un titre lui permettant de rester sur le territoire belge.  Elle est ensuite enregistrée au Service des Etrangers, ce qui lui permet de rester en Belgique et de participer à l’enquête en cours.  Le Parquet décide selon les informations qui lui sont soumises, de considérer la victime comme victime pour autant qu’elle fasse preuve d’une volonté claire de coopération avec la Police et qu’elle n’ait plus aucun lien avec les auteurs des infractions.  Si la victime retourne du côté des auteurs, son statut de victime prendra fin et elle risquera d’elle expulsée.  Elle ne doit pas constituer une menace pour l’ordre public.  La phase ultime est le titre de séjour à durée illimitée.  Du moment que le Procureur a assez de charges contre l’auteur, la victime verra son statut clarifié et aura une autorisation de rester en Belgique.

Les victimes sont confrontées à la crainte de dénoncer les infractions et de contacter la Police pour se plaindre car elles n’ont pas de papiers.  Une fois qu’elles auront été reconnues en qualité de victimes, le CPAS ne les aidera pas car elles ne peuvent pas prouver qu’elles disposent d’un domicile dans la commune.  Si elles n’ont aucune solution, elles retourneront malheureusement vers la personne qui les exploite car leur survie en dépend.  Les associations et les bénévoles qui aident ces gens et qui les accompagnent dans leurs démarches administratives et les défendent contre les inspecteurs du travail sont bien nécessaires.  Le système belge est compliqué et les Magistrats parviennent malgré tout à aider ces personnes.

C’est souvent par des contrôles où des témoignages que les services de Police sont au courant.  Rarement, les victimes osent porter plainte car elles craignent des représailles dans 9 cas sur 10.  Les victimes de traite ne se plaignent jamais car elles craignent pour leur survie.  Par contre, 9 personnes sur 10 qui se déclarent victimes le font pour obtenir des papiers belges et en dénonçant des infractions inexistantes pour pouvoir bénéficier d’une aide.

Une coopération multidisciplinaire avec des ONG permet de fonctionner avec du matériel humain.  Le secret médical évolue aussi et on obtient de nouveaux progrès.  On n’exclut pas spécialement la traite dans certains cas mais cela demande une vigilance accrue.  L’état de santé, l’aspect et l’attitude d’une personne permet d’indiquer une situation normale ou anormale.  Les documents de voyage peuvent être modifiés par des documents falsifiés sous une fausse identité.

L’Office des Etrangers est habitué à dépister des escroqueries diverses (faux ressortissants Syriens, etc).  Un exploiteur se fera passer pour un bienfaiteur.  Il faut être très précautionneux dans de tels cas.

La liberté d’expression et de circulation : Le cas d’une personne séquestrée est rare mais il faut pouvoir vérifier si elle peut sortir et pourquoi elle sort accompagnée.

Le logement et l’hébergement : Comment le logement a-t-il été trouvé ? Y-a-t-il eu des problèmes de salubrité ?  Les propriétaires n’ont plus la possiblité de réaliser des kots (clapiers) car la règlementation a changé à ce niveau.

L’exploitation sexuelle : La victime dort-elle sur son lieu de travail ?  Est-elle en contact avec certaines personnes ?  Qui assure les traductions ?  Quelles sont les cadences de travail ?  Quels sont les suivis médicaux ?  Quels sont les jours de repos ?

Tout citoyen qui a connaissance d’actes de traite des êtres humains est tenu d’en informer les services de Police.  Il faut conscientiser un maximum la population pour qu’elle réagisse car il en va de la survie des victimes.  Les infractions doivent être portées devant les tribunaux pour éradiquer ce fléau.  Le problème de la traite est extrêmement complexe car il faut lutter avec des moyens adaptés, une Police formée et des Magistrats compétents pour ce type d’infractions.  Une Loi qui avait été créée pour des situations marginales à l’époque doit être appliquée à des situations qui prennent des proportions énormes actuellement.  Il faut donc gérer ces situations compliquées inadaptées pour un petit pays comme la Belgique car les crédits ne sont pas illimités.  Il faut se dire que derrière ce qu’on voit, il existe une très grande diversité de situations très compliquées.

Les représentantes de l’asbl SURYA se sont présentées et ont expliqué que leur association existait depuis 1995 à Liège.   Le personnel est composé d’un directeur, de 5 éducatrices, de 3 assistantes sociales et d’un homme d’entretien.

Il ne s’agit pas d’une initiative privée mais d’une initiative qui provient du gouvernement fédéral.  Dans chaque région, une association comme SURYA peut venir en aide aux personnes victimes de la traite.  SURYA n’est pas un Service de première ligne mais rencontre les victimes par le biais des Services de Police, des Services sociaux, des hôpitaux, …  D’abord, les travailleurs envisagent l’accueil de la personne, ce qui est primordial.  Si son parcours est en adéquation avec les objectifs de SURYA, l’accent est mis sur la réalité que vit cette personne et sur sa demande.  Si quelqu’un reçoit un ordre de quitter le territoire, il peut en discuter.  Un accompagnement administratif, psycho-social ou juridique est proposé.  Le plus souvent, ces personnes n’ont pas d’autres ressources et dans 98 %, un accueil en hébergement leur est proposé (16 lits disponibles).  Un logement d’insertion permet aux familles de retrouver un milieu familial et de s’insérer avec plus d’autonomie dans la vie active.  La ligne téléphonique de SURYA fonctionne 24 h / 24.  La maison d’accueil propose une autonomie pour les personnes et les assistantes sociales ne travaillent qu’avec des adultes (femmes, hommes et familles).  La période d’accueil dure maximum 6 mois.  La personne peut se voir proposer un retour vers le pays d’origine ou éventuellement la clandestinité (rarement).  La plupart du temps, la personne poursuit le travail avec SURYA durant les 6 mois.  Ensuite, un projet d’insertion et de logement est mis en place et c’est ainsi qu’une assistante sociale collabore sur le parcours des victimes et explique la procédure judiciaire. SURYA sert de lien entre la victime et la Police et explique le déroulement de la procédure.  Il s’agit d’un lien entre SURYA et la société, par lequel on explique à la victime ses droits et devoirs en Belgique.  Une prise de confiance est importante et ainsi, la victime reprendra le pouvoir sur sa vie.  Quand l’accompagnement s’arrête, la personne doit être totalement autonome pour pouvoir se débrouiller dans la vie.

Le but est aussi de faire condamner l’auteur des faits et de permettre une reconstruction de la victime. Des cours de français sont enseignés à l’asbl SURYA et auprès d’autres partenaires extérieurs.  Ces personnes ne sont pas passives et ont très envie d’être actives, parfois trop.  Un travail est effectué pour mettre les choses en place et envoyer par la suite les victimes en formation pour leur permettre de retrouver un travail et un niveau de vie correct.  Un accompagnement dans le temps est prévu pour offrir des liens et protéger ces proies si faciles pour les exploiteurs.  Il ne faut pas oublier que la traite peut toucher aussi bien des Belges que des étrangers.  Si on n’a pas de réseaux sociaux autour de soi et qu’on vit dans la précarité, il se peut qu’on se retrouve dans une situation réellement catastrophique.  SURYA rencontre régulièrement des personnes mal hébergées et pas uniquement victimes de « marchands de sommeil ».  Les dénonciations permettent de dénouer des situations très dramatiques près de chez soi.  SURYA est diponible aussi pour répondre à ce type de questions.  L’association rencontre énormément de personnes par an (+/- 150) et cela augmente de plus en plus.  L’accompagnement de 60 personnes par an est une moyenne et au total, SURYA en accompagne plus de 120 à tous les niveaux.    SURYA trouve toujours une solution d’hébergement rapide (hôtel, auberge de jeunesse, …) même si tout est complet.  Les organisations criminelles sont rarement dénoncées car les victimes n’acceptent pas toujours de coopérer dans le cadre de leur dossier.

Concernant les migrants, la situation est devenue de plus en plus complexe et disproportionnée.  Après être passés chez FEDASIL, les réfugiés sont répartis dans des camps.  Le tribunal administratif statue sur leur reconnaissance (réfugiés ou pas).  Ils peuvent être aidés par des associations d’hébergement et sont à ce moment-là illégaux et reçoivent un ordre de quitter le territoire qui n’a qu’une valeur volontaire.  Si la personne reste en Belgique, elle entre dans la spirale des illégaux.  Au vu de la Loi belge, ils sont illégaux et n’on aucune reconnaissance en Belgique.  Ce groupe de marginaux prend des proportions importantes et la Belgique n’est pas adaptée pour répondre à ce vaste problème humain.  Les femmes se prostituent et les hommes ont des emplois très précaires.  Les critères d’aide devraient être élargis car beaucoup de personnes ne sont pas aidées.  Les CPAS ont d’autres critères pour accepter ou non les réfugiés.  La réponse judiciaire et des réseaux sociaux ne suffisent pas et il faut réagir autrement car la situation devient explosive.

 

 

Une séance de questions / réponses concernant le statut des réfugiés a conclu la rencontre.  Seuls les Centres spécialisés sont aptes à demander un statut particulier pour les victimes à l’Office des Etrangers.  Concrètement, la période de réflexion de 45 jours permet de demander un titre de séjour de 3 mois.  Si la victime est toujours considérée comme telle, les assistantes sociales peuvent réexpliquer où en est la procédure.  L’Office des Etrangers veut que les victimes mettent des choses en place pour évoluer dans la société.

La Présidente et le modérateur ont remercié les intervenants et le CFFB – Verviers, partenaire de ce projet.

La rencontre s’est achevée par le traditionnel cadeau de la région offert aux cinq acteurs de terrain qui ont prêté leur concours pour la bonne marche de cet événement

 

2016 – Lutte contre le sexisme

Présentée par:

Pascale Vielvoye, juriste

 

La Présidente a remercié les participants pour leur présence et présenté l’intervenante.

Après son discours d’introduction, elle a donné la parole à Madame Vielvoye.

 

La loi anti-discrimination doit s’appliquer au niveau des noms de professions qui s’écrivent au féminin et au masculin car tous les métiers peuvent être exercés tant par des femmes que par des hommes.   La lutte féministe existe depuis très longtemps mais la lutte contre le sexisme est nettement plus récente et beaucoup plus large que la discrimination basée sur le sexe.

Le sexisme est une idéologie consciente ou inconsciente.  En effet, nous sommes tous sexistes à différents niveaux sans pour autant être discriminants et sans en être conscients.  Tout dépend de notre éducation.

Il était devenu nécessaire de prévoir une nouvelle Loi qui lutte contre le sexisme dont le principe est calqué sur la notion de racisme.  Le sexisme promeut la supériorité d’un des deux sexes et une domination, généralement des hommes, par rapport aux femmes.  Il faut souligner malgré tout le fait que, indépendamment de cela, il arrive que certaines féministes tiennent régulièrement des propos qui vont totalement à l’encontre des hommes.  Cependant, le sexisme à l’encontre des femmes est celui qui est le plus d’actualité.

Il existe deux formes de sexisme : le sexisme hostile (injures, insultes, menaces) qui est réprimé par la Loi et le sexisme bienveillant qui est plus insidieux et qui semble assez « gentil ». Ce type de sexisme est encore plus dangereux et répandu car on a du mal à le reconnaître.

En France, la théorie du genre est tout à fait actuelle (débats, manifestations, …).  C’est assez difficile de comprendre en quoi ça consiste car c’est très complexe.

La Loi de 2014 est une grande avancée.  Il existe depuis toujours un sexisme verbal à l’encontre des femmes.  Les insultes et la violences envers elles sont terribles et assimilées à des agressions et du harcèlement.  Avant, on en parlait beaucoup moins.  Il y a 40 ans d’ici, on n’apparentait pas ce type d’actes à du sexisme et les femmes ne déposaient pas de plainte car cela n’était pas aussi harcelant qu’actuellement.

La situation à notre époque actuelle a fortement changé vers un aspect très négatif.  Les propos sexistes sont très répandus, souvent agressifs et insistants.  La phase qui suit ces agissements harcelants, c’est le viol car après plusieurs refus, certains hommes, souvent alcoolisés, risquent d’aller plus loin et de s’en prendre sexuellement à leur proie.  Rien ne peut justifier un viol !

On a objectivé et hypersexualisé le corps de la femme qui s’est transformé au fil du temps en objet de désir et de convoitise.  L’homme est pourtant censé maîtriser ses pulsions et être capable de se retenir pour ne pas agir comme un animal.  Il n’a donc aucune excuse.  Il ne faut pas dire que les femmes sont provocantes car seul l’homme est responsable de son comportement agressif.  Il ne faudrait quand même pas que les femmes soient vêtues de burqas pour risquer de ne pas être agressées.  Aujourd’hui, on utilise un soi-disant motif religieux pour prendre encore des décisions concernant le corps des femmes, les dominer et les maintenir à la maison.

Le sexisme comporte un ensemble de remarques, d’injures vexantes, insultantes et répétées.  Du mépris, de l’agressivité, des violences en raison du sexe de la personne qui atteignent gravement à la dignité sont passibles d’amendes et d’emprisonnement.  La Ministre de l’Egalité des Chances, Isabelle Simonis, a fait voter cette Loi.  Ainsi, les femmes peuvent déposer plainte et le harceleur sera poursuivi.

Considérer une femme comme inférieure en raison du fait qu’elle soit une femme est un acte sexiste.  Il y a aussi une discrimination fondée sur l’apparence mais cela n’apparait pas dans la Loi.  On ne peut pas discriminer une personne suite à une maladie ou à un handicap, indépendamment de son sexe.  Il ne faut pas confondre des comportements discriminants et des stéréotypes et préjugés sexistes qui entraîneront souvent des problèmes.  Ces stéréotypes sont tellement ancrés dans la tête des hommes et même parfois des femmes qu’il est très difficile d’y remédier.  Dans certains cas, on remonte à la préhistoire pour certains comportements tant ils sont irrespectueux.

Comme pour le racisme, le législateur peut punir pénalement devant les tribunaux des comportements sexistes.  Tant que la liberté d’expression n’incite pas à la haine, on ne peut pas poursuivre les personnes.  Si on exprime sa pensée, on ne peut pas être poursuivi non plus pour autant qu’on ne vise pas un individu en particulier et qu’on n’incite pas à la haine.  Si une personne est visée personnellement, elle peut faire poursuivre son agresseur devant les tribunaux.

Pour faire reconnaître ces menaces, il faut absolument qu’elles soient publiques devant témoins avec un objet manifeste d’agressivité.  Certains cas sont plus difficiles à expliquer car la victime doit prouver que l’acte est méprisant, agressif et volontaire et que la victime a est considérée comme inférieure à l’agresseur.

Il arrive que certaines femmes aient besoin d’être sifflées dans la rue, appelées pour se sentir désirées.  La femme est devenue un objet de désir et ces comportements sont très insultants.  Le cas contraire est assez rare.  On voit rarement une femme qui siffle un homme en rue.  Il y a moyen d’avoir des relations assexuées entre êtres humains des deux sexes sans qu’il n’y ait d’équivoque ni de pulsions sexuelles.

Pour la jeune génération, le féminisme apparait comme un vieux combat d’arrière-garde mais chez certaines jeunes femmes ou petites filles, on constate des propos déplacés.  On constate alors que le féminisme a encore un grand intérêt et beaucoup de sens pour éviter les dérives.  De même en ce qui concerne les concours de mini-miss qui sont heureusement interdits en Belgique.  Ces concours étaient choquants car on y prônait une hypersexualisation des enfants.

Dans le sexisme, on constate qu’il existe trois théories :

  • La théorie évolutionniste: est très révélatrice car liée à beaucoup de religions.  Cette philosophie est un postulat avec le principe de sélection naturelle et sexuelle au fil du temps.  L’évolution a rendu les femmes et les hommes fondamentalement différents physiquement, psychiquement et psychologiquement.  L’évolution correspond à une hiérarchie.  Dans toutes les cultures, les femmes s’occupent des enfants, elles les attendent et les allaitent donc, c’est logique que les mères s’occupent des enfants.  Les femmes recherchent un homme en bonne santé, vaillant et qui pourra fournir des ressources pour la famille.  Les hommes sont ainsi repris dans une lignée matriarcale qui a révolutionné les rapports F/H.

L’homme a toujours l’incertitude de paternité et le rite du mariage permet à l’homme de dire « c’est ma femme » et « c’est mes enfants ».  Les rapports sociaux dépendent de choses qui remontent à la nuit des temps.  Les hommes sont plus agressifs et sont, entre eux, en compétition permanente, ce qui n’a pas été le cas pour les femmes.

Les femmes ont changé et adopté, elles aussi, des attitudes masculines dans leur travail, sauf pour les mères qui s’occupent des enfants où on ne note aucune compétition entre elles.  La théorie évolutionniste entraîne beaucoup de discriminations envers les femmes évidemment.

 

  • La théorie essentialiste: se rapproche de la première mais on estime que les femmes et les hommes peuvent être égaux mais qu’ils sont fondamentalement différents, d’un point de vue biologique, d’où des différences psychologiques, cognitives, physiologiques, …

 

  • La théorie du genre : les enfants découvrent les identités féminines et masculines par la manière des croyances culturelles (l’inné et l’acquis).

La forme de sexisme la plus grave une forme bienveillante liée à des notions de galanterie d’apparence aimable alors que cela ne l’est pas du tout.  Le but est de rabaisser la femme et de faire en sorte de la surprotéger alors que cela n’est pas nécessaire.

Il est compliqué de ne pas trouver un signe d’infériorité dans les rapports F/H.  La galanterie est vraiment une forme insidieuse de sexisme qui prouve la domination masculine et le désir sexuel.  La notion de galanterie fait partie de la vie quotidienne.  Il s’agit en fait d’une stratégie qui, en passant par des compliments, maintient les femmes comme de belles petites poupées précieuses dans un rôle inférieur à celui des hommes.  Plus les femmes sont mises sur un piédestal, moins elles sont des personnes humaines.  C’est souvent mal vécu par les femmes.  En politique, on se moque des hommes mais pas de la même manière que pour les femmes.  Une femme doit être 1000 fois plus compétente pour postuler à un poste tenu par un homme.  C’est une réalité.

 

 

2016 – Les missions des plannings familiaux, quelle aide les femmes peuvent-elles attendre?

La Présidente a introduit le sujet et présenté Mme Duygü Celik, Conseillère de la Ministre Eliane Tillieux, qui représente ce soir Mme Christie Morréale, Députée wallonne, absente pour la rencontre car elle était souffrante.  On a tendance à parler d’une série de droits acquis par les femmes et à s’en réjouir mais il est primordial d’en parler à nos enfants et de leur dire que ces droits ne sont pas acquis définitivement.  On peut toujours les annuler dans l’avenir.  C’est un peu ce qui se passe actuellement avec l’IVG.  Auparavant, les avortements étaient clandestins.  Les missions des centres de planning familial sont souvent remises en question.  On en parle beaucoup actuellement en Belgique et il est prévu de revenir sur certains droits acquis par les femmes avec beaucoup de travail et de courage et ce serait un recul important dans leur émancipation de revenir en arrière.  Pour rappel, le 16 février 1966, les femmes de la fabrique FN d’Herstal lancèrent une longue grève pour se plaindre de l’écart salarial qui était très important entre femmes et hommes.  Cette grève dura longtemps.  De nos jours, l’écart salarial est toujours estimé à 22 % entre les femmes et les hommes et il faut continuer de revendiquer nos droits afin de faire cesser cette inégalité.  En Belgique, on constate qu’il persiste malheureusement encore de nombreuses inégalités entre les femmes et les hommes et que rien n’est fait pour y pallier.

 

Les centres de planning familial sont des endroits familiers et accueillants, accessibles à tous sans aucune restriction.  On y trouve des médecins, des psychologues, des juristes, des assistants sociaux, …  Ils ont de très nombreuses missions et la prise en charge y est très large : consultations médicales pour obtenir la pilule, consultations pour des problèmes de couple, violences conjugales, sexualité, drogue, demandes d’informations diverses…

 

Un agrément de la RW cadre strictement les missions et obligations des centres de planning familial.  Il s’agit de services ambulatoires de santé publique qui ont une approche positive et pluridisciplinaire.  Il est important que les personnes qui les consultent voient leurs droits reconnus et qu’elles ne fassent pas l’objet de la moindre discrimination.  La liberté de choix au niveau des méthodes contraceptives ou de la poursuite d’une grossesse est importante.  Les centres de planning familial ont l’obligation de respecter les choix des personnes qui les consultent.  Ils ont une mission d’information, d’éducation et de prévention.  L’accès à l’avortement y est autorisé.  L’avortement est cependant toujours condamné dans le code pénal, il s’agit là d’une aberration.  Tout centre de planning familial doit procéder lui – même à l’avortement ou accompagner la patiente vers l’endroit où elle pourra avorter sans la laisser en situation de détresse.  Il s’agit d’une obligation légale.  La prévention et le dépistage des IST y est également prévu.  Une aide juridique et sociale y est assurée.  Les violences conjugales, psychologiques et autres types de violences y sont pris en charge également.   On trouve un large panel d’offres proposées au sein de ces centres.  Des animations dans les écoles et le secteur associatif sont assurées au niveau affectif et de la vie sexuelle.

Les Centres forment également les professionnels de la santé au sujet de la vie affective, relationnelle et sexuelle des individus.  A plusieurs reprises, leurs modes de financement ont été modifiés afin d’avoir un système assurant la sécurité des centres.  Un système forfaitaire permet aux centres de planning familial de ne plus se faire de concurrence.  Il existe 170 centres de planning familial en Wallonie et à Bruxelles.  Ils existaient déjà en 1970.  Ils se sont fédérés dans les années 1980.  Dès l’arrivée de la pilule, les centres se sont créés un peu partout en Belgique.  Il est vrai qu’une prise de conscience eut lieu lors de mai 1968.

 

L’avortement cause débat car chaque femme doit pouvoir disposer de ses choix selon ses propres convictions et valeurs.  La liberté de choix est primordiale.  En 1990, le rôle des centres de planning familial a visé l’autorisation de l’IVG.  Cette loi de 1990 est extrêmement bien cadrée et a une valeur symbolique.  Elle crée une exception car les médecins ne risquent pas la prison.  Cela a une signification importante pour les organisations féministes qui s’inscrivent dans ce combat.  Par exemple, le Luxembourg l’a retiré de son Code pénal.  Toute femme en situation de détresse peut avorter.  Le médecin doit évaluer le niveau de détresse au cas par cas.  Aucun âge n’est précisé : mineure ou majeure, peu importe. Un avortement doit avoir lieu dans un endroit prévu à cet effet.  Un soutien psychologique et une information sur les droits et les moyens de contraception est donnée à la patiente.  Lorsqu’une femme a pris la décision d’avorter, elle est encadrée et doit respecter les délais légaux pour avorter.  Après la première consultation, il y a un minimum légal de 6 jours avant de pratiquer l’avortement.  Il s’agit d’un délai de réflexion légal obligatoire.

On peut considérer que 3 avortements sur 4 se font dans des centres de planning familial.  Les hôpitaux n’assurent pas le même service au niveau de l’encadrement.  A partir de la conception, le délai maximum pour avorter est de 12 semaines.  Toutes les femmes européennes n’ont pas droit à l’avortement.   En Hollande, le délai est plus long (14 semaines) et certaines Belges s’y rendent pour avorter lorsqu’elles ont dépassé le délai légal belge.

 

Il existe aujourd’hui encore de nombreux obstacles concernant ce droit qui n’est pas acquis définitivement.  L’IVG n’est pas accessible à toutes car de nombreuses femmes n’ont pas accès à la mutuelle et ne peuvent donc être remboursées.  Les seules personnes qui peuvent accéder à l’IVG devront se payer une intervention transfrontalière au prix de 900 – 1 000 €.  La loi dépénalise de manière partielle l’avortement.  L’état de détresse de la femme enceinte doit être reconnu par un médecin.  La Loi l’exige.  Il existe aussi une clause de conscience dans cette Loi.  A titre individuel, un médecin peut considérer qu’il n’applique pas l’IVG.  Chaque médecin est libre de son choix.  De nombreux jeunes médecins refusent de pratiquer l’IVG.  Ceux qui la pratiquent sont souvent plus âgés.  On peut se poser des questions à ce sujet…  Un hôpital n’a pas le droit de refuser de pratiquer une IVG même si des institutions catholiques remettent en cause la pratique d’une IVG.  Il faut savoir qu’il s’agit d’un comportement illégal et ces établissements sont cependant tenus de pratiquer ces avortements.

 

En Europe, les mouvements religieux sont actifs au niveau de la Commission européenne et luttent contre l’IVG.  Il existe, par exemple, des manifestations PRO VIE qui défilent dans les grandes capitales européennes et qui ont un grand impact sur le gouvernement et la Commission européenne.  Ces organisations réussissent à récolter des signatures citoyennes et les transmettent à la Commission européenne.  Les mouvements laïcs agissent de la même façon mais n’ont pas encore le même impact que les mouvements catholiques.

 

Le débat belge (surtout au niveau du CD&V) revendique le droit de ne pas pratiquer l’IVG.  Des propositions sont sur la table du Parlement fédéral.  Elles visent à donner la possibilité de reconnaître un enfant mort-né, à l’inscrire dans le carnet de famille, à pouvoir organiser des funérailles, … tout cela en vue de favoriser le processus de deuil de la famille.  Ces revendications risquent de nuire au droit des femmes et au droit à l’avortement.  Sur certains sites internet, on constate des mouvements moralisateurs qui luttent contre l’avortement et les jeunes qui utilisent beaucoup internet risquent d’être influencés par ces messages.  Même le Service public ne parvient pas à créer un site officiel objectif qui renseignerait correctement les femmes.  C’est une chose incroyable.  La Belgique est un pays de compromis et on se souviendra longtemps du Roi Baudouin qui avait abdiqué durant le vote de la loi concernant l’avortement de manière à ne pas prendre position.  Au niveau européen, cette situation à géométrie variable dans différents pays européens pose problème.  L’Europe peut remettre en question l’avortement comme c’est actuellement le cas en Espagne.  Certaines organisations progressistes souhaitent étendre au niveau européen le droit le plus étendu pour les femmes dans les pays les plus progressistes et l’appliquer au niveau européen mais cela est une utopie.

 

Les centres de planning familial peuvent délivrer la pilule du lendemain aux femmes.  L’assistante sociale du planning familial pouvait la délivrer mais la RW a compris qu’il y avait un défaut d’interprétation de la Loi de 1967.  Dès lors, la pilule ne peut plus être délivrée sans ordonnance médicale.  C’est uniquement lorsqu’un médecin délivre l’ordonnance que la pilule peut être prescrite.  Certains centres de planning familial restent dans l’illégalité car ils estiment qu’ils doivent répondre aux besoins des femmes et prennent donc la liberté d’enfreindre la Loi.  A ce jour, le Ministre Prévot ne partage pas du tout la vision de l’administration wallonne mais les choses n’ont pas encore avancé.  Une interprétation d’une Loi des années 60 pose problème plus de 50 ans après l’élaboration de cette Loi …

 

La pilule est gratuite ou presque dans les centres de planning familial alors qu’en pharmacie, elle est payante.  Au planning familial, c’est confidentiel mais à la pharmacie, on risque toujours de rencontrer une connaissance.  Cela peut poser problème à certaines jeunes femmes qui veulent conserver un certain anonymat.

 

On encourage les écoles à faire appel aux plannings familiaux pour réaliser des séances d’informations auprès des jeunes.  Les thèmes à aborder restent assez flous et les établissements scolaires, selon leur sensibilité, choisissent quels thèmes seront abordés.

Les étudiants de l’enseignement secondaire technique et professionnel sont moins bien informés que ceux de l’enseignement général.  Il s’agit d’une double discrimination car ce sont justement les étudiants en technique et du professionnel qui ont besoin d’avoir des informations.  L’utilisation des moyens de contraception est importante mais la prévention n’est pas suffisante.  Près de 6 jeunes sur 10 actifs sexuellement ont eu des relations sexuelles non protégées avec tous les risques des maladies sexuellement transmissibles et du SIDA.

 

Les animations ont pour utilité de montrer également ce qu’est la sexualité aux jeunes.  Certaines familles n’en parlent pas et d’autres en parlent librement.  Chacun est donc différent en ce qui concerne cette information.  Les jeunes apprennent souvent la sexualité par leur père ou par la pornographie dans le pire des cas.  Des familles n’ont pas pu faire passer le message et les garçons n’ont connu que des sites pornos et ne savent pas comment ils doivent se comporter avec les filles.  Des valeurs importantes doivent être inculquées aux enfants et cela permet d’éviter des problèmes par la suite.

 

2015 – Lutte contre l’homophobie et la lesbophobie

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Intervenant :

Johatan BOVY, Président de l’Asbl  « ENSEMBLE AUTREMENT »

 

Cette soirée était très intéressante pour tous les participants car nous n’étions pas vraiment au courant de ce sujet et ne l’avions pas encore développé en profondeur durant nos conférences / débat.  Monsieur Bovy, accompagné de deux intervenants issus de l’asbl « Ensemble autrement » nous a présenté un reportage de la RTBF « Questions à la une » au cours duquel étaient développés les thèmes de l’adoption pour les couples homosexuels ainsi que les dangers de l’homophobie avec des témoignages personnes ayant été victimes de coups et de violences graves.

Nous retiendrons principalement que deux meurtres homophobes ont eu lieu en Belgique en 2012.

Le corps d’Ihsane Jarfi avait été découvert dans les bois de Nandrin une semaine après sa disparition, survenue le 22 avril 2012. Le jeune homme avait été embarqué dans une voiture alors qu’il sortait d’un endroit fréquenté par des homosexuels.  Quatre auteurs ont été arrêtés depuis les faits. Mutlu Kizilaslan, Jeremy Wintgens, Jonathan Lekeu et Eric Parmentier seront accusés à titre principal de l’assassinat à caractère homophobe d’Ihsane Jarfi.

Raphaël Wargnies avait tué Jacques Kotnik de plusieurs coups de marteau la nuit du 25 juillet 2012 dans le Parc d’Avroy à Liège. L’accusé avait affirmé qu’il s’était vengé des homosexuels en agressant l’un d’eux après l’avoir choisi au hasard. Raphaël Wargnies sera le premier accusé à répondre des faits assortis de la circonstance aggravante d’homophobie devant une Cour d’assises.

Nous avons également présenté un reportage témoignant de la situation vécue par les personnes homosexuelles en Russie.  Le gouvernement russe s’oppose à l’homosexualité, la population y est elle aussi très hostile et suite à cela, des agressions très graves ont lieu quotidiennement à l’encontre de cette communauté.  De nombreux homosexuels russes songent à quitter le territoire et à s’installer dans des pays plus tolérants à ce niveau.

Il nous fut présenté un diaporama avec un carte du monde reprenant les pays tolérants, les pays les moins tolérants et ceux où l’homosexualité est toujours passible de peines de prison ou même de la mort.  La soirée s’est terminée par une séance de questions / réponses.

 

2015 – La guerre des tranchées de 1914 -1918, rappelons-nous du rôle des femmes

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Rapport de l’intervention de Monsieur Francis BALACE, Historien.

Il apparaît que les pertes militaires ne furent pas aussi importantes que l’on pense. On dénombra 42 900 militaires tués lors du conflit en comparaison avec la France qui perdit      1 450 000 hommes sur une population totale de 38 000 000 d’habitants. L’image de la femme qui travaillait en usine fut modifiée.. Elle adoptait un habillement très masculin, complètement « à la garçonne » qui ne la mettait pas en valeur. Pour usiner des pièces d’armement, le corset des femmes disparut totalement. La femme ne correspondait plus à son image d’avant-guerre.

 

La main-d’œuvre était surabondante et les hommes étaient au chômage. Le patriotisme était important et personne n’acceptait de travailler pour les Allemands, les pièces n’étaient tout simplement pas fabriquées. De grands travaux inutiles furent effectués et ceux-ci eurent un impact catastrophique sur le paysage. En effet, les chômeurs étaient utilisés dans le but de démolir les vestiges du passé jusqu’à ce que les Allemands les en empêchent. Les chômeurs n’ont ainsi pas été réquisitionnés par les Allemands.

L’industrie textile lainière se trouvait à Verviers et utilisait des laines d’Amérique du Sud. Des 1915, les activités de tissage cessèrent à Verviers. Par contre, les charbonnages fonctionnèrent durant toute la guerre.

 

L’autorité militaire allemande avait tous les pouvoirs. Le gouvernement général était soumis aux règles édictées par la Convention de la Haye de 1907 et les Allemands furent forcés de laisser les Institutions en place. Les Bourgmestres, la Police et les autres Institutions étaient toujours actifs. Le système d’enseignement continua de fonctionner durant la guerre. Les impôts et l’administration fiscale belge restèrent en place pour permettre le prélèvement des impôts. Régulièrement, les Allemands frappèrent certaines régions de taxes qui sont en fait des amendes.

 

A partir de 1917, les Allemands ramenèrent la moitié de leur armée occupée en Russie vers nos pays. Au printemps 1918, les Allemands étaient de retour sur la Marne. Pour être libres de mouvements, les Allemands vidèrent toute la zone des états. Des hommes furent utilisés pour creuser des tranchées et beaucoup mourrurent lors des tirs sur les tranchées. La ration de pain journalière par personne consistait en un apport d’à peine une centaine de grammes par jour. Quand les Etats-Unis entrèrent en guerre contre l’Allemagne en avril 1917, la population ne reçut plus rien.

 

Quand les sous-marins allemands s’attaquaient à tout, les ravitaillements de nourriture ne furent plus possibles par bateaux. Un marasme total s’abattut sur nos pays. Les ouvriers étaient en chômage, la production des aciéries chuta énormément. Les ouvriers métallurgistes perdirent leur emploi. Les établissements Cockerill ne travaillaient que 4 jours / semaine. La production du zinc chuta fortement et la majorité des ouvriers perdirent leur emploi. Les ouvriers carriers perdirent leur emploi également car les patrons refusaient de fournir à l’ennemi. Dans l’industrie textile verviétoise, dès 1915, toute production cessa.

En revanche dans les charbonnages, la production se maintenait et 110 000 des 146 000 mineurs ont pu poursuivre leur travail. Le 4 août 1914, personne n’imaginait que la guerre allait durer 4 ans. Le quartier des Prussiens fut développé par des gens de Monschaü. Des expatriés allemands se sont établis à Verviers. A Herstal, certains quartiers furent habités par des Allemands. En 1915, les œuvres créées par initiatives privées étaient nombreuses. En octobre 1916, les chômeurs furent déportés vers l’Allemagne. Les Belges expédiés en Allemagne risquaient de se rebeller car une grande partie de l’armée allemande se trouvait au front.

 

60 000 chômeurs furent déportés en Allemagne. Cependant, les ouvriers d’usine restèrent au pays alors que l’Allemagne en avait besoin pour ses usines. En province de Liège, l’arrondissement de Huy – Waremme fut le plus dépeuplé au niveau de ses ouvriers. Les gens en âge de travailler devaient se présenter dans les gares où ils étaient comptabilisés. Des éleveurs, garçons de ferme, .. étaient incapables de travailler en usine. On les utilisa pour l’extraction de la tourbe. Beaucoup mourrurent faute de soins et de nourriture suffisante. L’Allemagne souffrait aussi beaucoup de la faim. Il y eut aussi 30 000 travailleurs volontaires, pour la plupart, des mineurs de La Louvière. Le charbon n’était pas utilisé et la misère se poursuivit jusqu’aux années 1930, période où l’occupant changea de tactique.

 

Les habitants pouvaient rester chez eux mais les usines furent détruites. Un arrêté allemand interdit de travailler en Belgique et de construire des usines. Les charbonnages furent malgré tout maintenus. Ensuite, les machines-outils furent démontées et transformées en mitrailles. L’industrie métallurgique subit le plus de dégâts et au final, il ne restait plus que des pavés par terre. Tout fut détruit et réutilisé à d’autres fins.

 

La famine reste encore le souvenir le plus marquant à ce jour. Le cheptel belge perdit

50 % de ses bêtes à cornes et de ses chevaux ainsi que les 2/3 de ses porcs et 3 500 000 volailles. L’industrialisation de la Belgique était la troisième puissance après les USA et l’Angleterre. Des usines furent créées autour des grandes villes mais elles ne produisaient que de quoi nourrir la population pendant 84 jours. Les viandes étaient importées en conserves d’Amérique latine et le blé également. Du jour au lendemain, il n’y eut plus rien. Des tas de lignes privées furent réquisitionnées par les Allemands. On trouva ainsi des décennies plus tard des locomotives belges au fond de la Volga.   Pour la population ouvrière, c’était le temps de la misère noire. Les paysans furent sollicités pour leur beurre et leurs œufs frais. Via les encaisses importantes des Allemands, toutes les exploitations agricoles furent rachetées en Wallonie et gérées par des Flamands. Il n’y avait pas de pétrole mais les Pays-Bas en avaient. Les pétroliers rédigèrent un arrêté d’interdiction d’exportation de pétrole.

 

Dans les régions frontières, beaucoup de femmes belges fraudaient et importaient du pétrole. Elles passaient la frontière malgré les contrôles des bouteilles de pétrole. Des pays neutres transféraient des subsides en Belgique aux Comités belges. Dans les écoles, les filles rebrodaient les sacs et les drapeaux. En 1918, la ration de pain diminua et la ration journalière passa à 1 000 calories. Les Allemands ont interdit la plupart des activités privées. Dans de nombreuses communes, les socialistes avaient du mal à s’insérer dans la vie locale et on demanda aux conseillers socialistes de siéger qui étaient souvent dans l’opposition, faute de majorité suffisante.

 

Il faut savoir que le peu de pertes humaines est dû également à l’impossibilité d’avoir des permissions pour les soldats. 13 % des permissionnaires partis à Paris revenaient malades. 1 900 prisonniers de guerre furent internés en Hollande. Les Belges partirent à l’attaque en septembre 1918 et perdirent énormément d’hommes. Il y eut 3 336 tués et 25 000 blessés en 3 jours. En 1914, les viols étaient fréquents surtout dans les régions isolées comme Virton.

Les guerriers allemands ont violé de nombreuses femmes lors de leur retrait de la Belgique. La première femme fut fusillée à Louvain le 18 août 1914.   Certaines personnes dépouillaient les cadavres sur la ligne du front au risque d’être condamnées à mort. Certaines personnes ont collaboré au niveau des renseignements car elles devaient se racheter à leurs propres yeux. Louise Derache, se faisant passer pour une fraudeuse de beurre, était en fait un agent de renseignements. L’état-major était doublé d’un état-major bis composé de femmes qui prenaient le relais en cas de rafles de la police allemande. Ce fut le cas de Louise Derache, d’Elise Grandprez, … Les victimes officielles de guerre comportent aussi les victimes civiles, mais aussi les 25 000 morts suite à la grippe espagnole. Tout cela est venu de la corne de l’Afrique, dans des cageots de fruits qui transitaient par l’Espagne. Les fruits livrés en Belgique étaient contaminés et créèrent une épidémie terrible. L’Allemagne réquisitionna les cuivres. Tout a disparu à partir de 1916. En 1917, ce fut la réquisition de la laine. La population belge résista et cacha ses cuivres, c’était un acte de résistance.

 

Il était difficile d’être une femme à l’époque car une femme devait travailler comme un homme. Le 4 août 1914, il fut décidé que les femmes de mobilisés avaient droit à une allocation avec un supplément pour les enfants à charge. Tout le monde pensait qu’au bout de quelques semaines, on allait démobiliser et renvoyer les gens chez eux. La femme va voir son rôle politique transformé. La majorité est passée de 25 à 21 ans. Il y eut une levée de boucliers contre le vote des femmes et l’annexion du Luxembourg. L’Eglise avait beaucoup de pouvoir à l’époque et les femmes suivaient souvent l’avis des curés.

 

Les hommes pouvaient voter mais les femmes pouvaient uniquement voter pour de simples lois. Il y eut quand même une éligibilité des femmes et des veuves de guerre, elles, avaient le droit de vote. Ce qui reste, c’est l’indicible, l’immesurable. La femme dut prendre en main la survie du ménage. Elle dut faire bouillir la marmite et parfois, elle se prostituait pour pouvoir subvenir aux besoins du ménage. Pendant la guerre 14 – 18, les femmes s’érigèrent en gardiennes d’une certaine morale et d’un patriotisme vigilant à l’encontre des hommes qui désertaient ou ne veulent pas faire la guerre. La plume blanche fut l’insigne de la lâcheté. Les hommes qui n’étaient pas sur le front recevaient une plume blanche. Un homme qui n’est pas sur le front est considéré comme un lâche. Les personnes qui contractèrent la tuberculose et qui mourrurent en 1920 ne furent pas comptabilisés comme victimes de guerre, ni les gazés, ni les autres qui ont souffert de fortes carences durant cette période. Les Belges ont souffert directement ou indirectement, de la perte d’un être cher, ou suite à une maladie, …

 

Les pertes matérielles s’élevaient à 3 750 000 francs or sans compter les pertes indirectes qui représentaient 8 % de l’actif national. Avec les pertes indirectes, on obtint 20 % de l’actif national. La monnaie resta stable. 5 francs belges équivalaient à un dollar et ça ne bougea pratiquement pas pendant un siècle. Le franc belge a perdu 75 % de son pouvoir d’achat. Les salaires ont évolué et les gens ont maintenu leur activité. Les rentiers ont disparu depuis. Les actions, les investissements et les dépôts en banque sont partis en fumée. Ce n’est qu’en 1926 que le franc se stabilisa et que le Belga fut inventé. Ce furent les années folles avec une véritable spéculation boursière. Certaines régions de Flandre furent totalement dévastées. Des quartiers ont été totalement reconstruits et ont permis de pallier à des destructions de faits de guerre, bombardements et incendie. La guerre a détruit

100 000 immeubles mais entretemps, la population belge augmenta de 20 % et le nombre de ménages augmenta de 51 %.

 

La guerre a créé une inflation des besoins de logements. Des années après la guerre, il subsista encore de nombreux quartiers de baraquements dans le borinage.

Le prolétariat y habitait. Des poussées de xénophobie étaient fréquentes. 15 000 Allemands vivaient à Liège en 1919.

 

Finalement, la femme a montré par son incorporation dans les réseaux de renseignements, que le patriotisme existait réellement. Un changement dans l’autre sens a eu lieu également. Les mœurs ont évolué. Une certaine façon de vivre a disparu après 1914 – 1918. La victoire ou la paix, c’est une femme.

2015 – L’enfer des violences conjugales et entre partenaires

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Après le discours de la Présidente du Centre et la présentation des activités de la Maison de la Laïcité par son Président, Bruno Felicetti, la parole a été donnée aux 8 intervenants de ce colloque / débat consacré aux violences conjugales. Monsieur HOUART, Magistrat, a animé le débat et donné la parole aux intervenants puis ensuite au public pour lui permettre de poser ses questions.

Nous avons donc entendu, par ordre de prise de parole :

Madame Yamina MEZIANI, Conseillère de Madame Isabelle SIMONIS, Ministre de la Promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Egalité des chances

Madame la Conseillère de la Ministre a été pendant 15 ans coordinatrice au CRIPEL à Liège. Durant cette période, elle a été en contact avec la difficulté d’insertion des femmes dans la société et connaît donc parfaitement le sujet des droits des femmes. Elle a tenu à excuser Madame la Ministre qui était malheureusement retenue pour une autre réunion. Un Ministère du Droit des Femmes a été créé récemment en réponse aux revendications des nombreuses associations féminines belges. Madame la Ministre souhaite faire avancer l’application du droit des femmes en Belgique et c’est pourquoi sa lutte contre les violences à l’encontre des femmes est en fait une réelle priorité. Elle compte mettre en place un plan quinquennal de lutte contre les violences envers les femmes, qu’il s’agisse de viols, de harcèlement, de mutilations génitales féminines (MGF), et de toutes autres violences… Selon les statistiques, il apparaît que les violences entre partenaires sont les plus nombreuses. En 2014, plus de

300 000 femmes étaient victimes de violences de tous types, en y incluant les remarques humiliantes et répétitives de la part de leur partenaire. Il faut savoir que cela est suffisant pour entraîner le dépôt d’une plainte. La plupart du temps, il s’agit de plaintes pour coups et blessures. Les chiffres pour la Belgique sont alarmants. En effet, tous les deux jours, une personne meurt suite à des coups reçus de son partenaire. De nombreuses campagnes sont menées chaque année afin de sensibiliser la population à cette problématique, qu’il s’agisse de la campagne « ruban blanc » avec la distribution de tracts, de pin’s, … que des actions tout aussi médiatiques comme de larges campagnes d’affichage, de la semaine de la lutte contre les violences (qui a lieu au mois de novembre), d’émissions et de spots télévisés, … En 2014, environ 2 500 affiches ont été distribuées dans tout le pays. La violence verbale fait partie intégrante de la violence physique et l’objectif principal est d’encourager les femmes à sortir de l’isolement et à oser en parler. La ligne téléphonique gratuire « Ecoute violences conjugales » est mise à la disposition des femmes qui ont besoin d’aide ou d’un renseignement particulier. Madame Meziani rappelle que chaque personne doit être respectée dans son intégrité physique ou mentale et que les auteurs de violences doivent être poursuivis et sévèrement punis. La tolérance zéro est réellement d’application.

Madame Michèle LECLOUX, Substitut du Procureur du Roi au Tribunal de Verviers

Madame la Substitut du Procureur du Roi du Tribunal de Verviers a exposé l’aspect judiciaire et le fonctionnement de la justice en ce qui concerne les violences conjugales. Elle a répondu à la question d’une dame, elle-même victime de violences, et se plaignant de dysfonctionnements de la justice et du manque de considération des victimes.

Madame LECLOUX lui a expliqué que lorsqu’un homme est placé en observation suite à des violences envers sa compagne, la Police et les experts psychiatriques doivent l’examiner afin de rédiger un rapport qui sera ensuite transmis aux autorités compétentes en la matière. Une fois ces rapports détaillés transmis aux juges, l’homme violent sera soit placé en garde à vue, soit interné, suivant les avis des experts.

Cependant, les experts psychiatres et les policiers ne sont pas toujours d’accord et il arrive qu’ils ne partagent pas le même avis en ce qui concerne la dangerosité d’une personne et il se peut qu’une personne considérée comme non dangereuse soit malheureusement remise en liberté alors qu’elle aurait dû être internée. Il s’agit de cas très rares heureusement. Le manque criant de spécialistes en la matière au tribunal pour traiter ces dossiers qui sont pourtant nombreux à Verviers entraîne un encombrement de la justice et des dossiers qui n’auront pas été totalement approfondis faute de temps. Les violences au sein du couple se définissent comme des situations où les faits de violences (agressions physiques, sexuelles, verbales, psychologiques, économiques, …) sont à la fois récurrents, souvent cumulatifs, s’aggravent et s’accélèrent (selon le phénomène dit de la « spirale »). Ils s’inscrivent dans un rapport de force asymétrique (dominant / dominé) et figé. Ces violences diffèrent des disputes ou des conflits conjugaux où deux points de vue s’opposent dans un rapport d’égalité. Dans les violences, il s’agit d’un rapport de domination et de prise de pouvoir de l’auteur sur la victime. Par ses propos et ses comportements, l’auteur veut contrôler et détruire sa partenaire. Ces violences créent un climat de peur et de tension permanent. Les conséquences pour la victime sont désastreuses : peur, culpabilité, perte totale de l’estime de soi et d’autonomie, isolement, stress, voire même suicide.

Madame la Substitut du Procureur du Roi rappelle que les actes suivants sont interdits et punis par la Loi :

  • Violences physiques (bousculades, coups avec ou sans objet, strangulations, morsures,

brûlures, séquestrations…) ;

  • Violences verbales (injures, menaces, cris…) ;
  • Violences psychologiques (intimidations, humiliations, dévalorisations, chantages affectifs, interdiction de fréquenter des amis, la famille…) ;
  • Violences sexuelles (agressions sexuelles ou viols) ;
  • Violences matérielles (briser ou lancer des objets) ;
  • Violences économiques (contrôle des dépenses, des moyens de paiement, interdiction de travailler) ;
  • Violences qui s’expriment au moyen de confiscation de documents (carte nationale d’identité, carte vitale, passeport, livret de famille, carnet de santé, diplôme, etc.).

Monsieur Alain HOUART, Magistrat honoraire au Tribunal de Verviers

Monsieur HOUART a exposé par le détail comment réaliser un dépôt de plainte, de son introduction à son traitement. Au tribunal, il n’y a plus que 8 magistrats de référence au niveau des violences conjugales au lieu des 13 qui siégeaient au départ. Il pense, pour sa part, que les violences dont font preuve certains hommes ou certaines femmes ne sont pas toujours dues à des maladies psychiatriques mais qu’il s’agit bien, toujours selon lui, de la noirceur de la nature humaine. Cependant, la société ne veut pas voir que l’humanité est aussi dure et préfère se cacher les yeux et se donner bonne conscience en reléguant toutes ces déviances graves dans le domaine des maladies psychiatriques. C’est un peu simple. Monsieur HOUART, en sa qualité de Magistrat, a ensuite donné des exemples de cas vécus et a répondu aux questions du public.

Madame Karine HENROTTE, Présidente d’honneur du CFFB – Verviers

Madame HENROTTE a fait un retour sur l’histoire des violences envers les femmes et a cité les différentes lois et conventions existantes, à l’aide de statistiques et de chiffres alarmants.

Elle a ensuite expliqué que la ségrégation fondée sur le genre existe toujours actuellement, notamment dans l’enseignement, et ce dès la petite enfance. Dans les pays européens, la violence ne cesse d’augmenter. Les mariages forcés et la traite des femmes persistent également. On assiste à un retour en arrière et à une forte remise en cause des droits des femmes. Lors des conflits, ce sont toujours les femmes qui souffrent le plus. Il est apparu qu’à la suite de certaines guerres, le viol systématique avait été utilisé comme méthode de guerre et que nombre de femmes, après le conflit, avaient été victimes de la traite des femmes. Les femmes se heurtent à de nombreux obstacles dans de nombreux domaines et cela entraîne leur manque de participation, d’où un obstacle supplémentaire au bon développement de la société. Les violences sexuelles portent atteinte aux droits fondamentaux de la personne notamment à son intégrité physique et psychologique.

Elles sont l’expression de la volonté de l’auteur d’assujettir la victime et de l’isoler totalement des personnes qui seraient susceptibles de l’aider.

Le responsable de l’agression sexuelle est l’auteur quelles que soient les circonstances de la violence sexuelle. Les conséquences pour les victimes quelle que soit la forme de la violence sexuelle sont importantes, nombreuses et durables, notamment de l’anxiété, des troubles du sommeil et/ou de l’alimentation, des peurs intenses, de la culpabilité, de la dépression, un isolement, des conduites à risque ou agressives, … Ces manifestations sont propres à chaque victime et sont variables dans le temps. La victime doit être aidée et accompagnée.

Monsieur Jean-Michel ROCKS, Commissaire de Police de la ZONE VESDRE

Le Commissaire de Police Jean-Michel ROCKS fait partie de la « Cellule violences » de Verviers. Les violences conjugales sont assez fréquentes dans l’arrondissement verviétois. En réponse à une question émanant du public, le Commissaire de Police a précisé quelles étaient les conditions de recrutement des policiers et a expliqué que le niveau d’études minimum requis était le CESS. Il est vrai qu’autrefois, certains policiers étaient recrutés malgré leur manque de diplômes mais cela fait désormais partie du passé. Les examens sont d’un niveau important et il n’est pas rare de rencontrer au sein des services policiers des bacheliers ainsi que des licenciés. Il a expliqué comment s’effectuait le dépôt d’une plainte et le déroulement des auditions. Les conjoints sont toujours entendus séparément de manière à ce qu’aucune des deux parties ne fasse l’objet de menaces et de pressions entraînant le retrait de la plainte. Cependant il arrive fréquemment que des femmes victimes de violences et / ou de harcèlement moral retirent leur plainte à cause des nombreuses pressions qu’elles subissent. C’est dommage car elles avaient déjà fait le plus gros des démarches en osant passer la porte du commissariat. Tous les mois, les policiers sont formés à l’écoute en ce qui concerne la problématique des violences. Ils apprennent à être davantage à l’écoute des personnes battues avec davantage d’empathie. Ils réagissent différemment lorsqu’ils sont confrontés à des conflits entre partenaires. Une policière fait d’ailleurs partie de l’équipe qui travaille principalement sur les violences conjugales.

Madame Sandrine BODSON, Criminologue / Formatrice au REFUGE POUR FEMMES BATTUES de Liège

Le témoignage de Madame BODSON était très intéressant car elle a exprimé son sentiment personnel et expliqué qu’en début de carrière, voulant trop bien faire, elle a commis des erreurs dont elle a tiré des leçons bénéfiques. Elle s’en est heureusement rendu compte et a pu ainsi corriger le tir en prenant plus de temps pour accompagner ces personnes. Un espace dédié aux enfants a également été créé de manière à leur permettre d’exprimer leurs sentiments et d’être entendus. Des tables rondes entre adultes ont été mises en place afin de leur permettre d’échanger sur certains sujets et discuter en toute convivialité de manière à permettre de relacher la pression. Certaines histoires sont vraiment dramatiques et difficiles à supporter. Madame BODSON connaît bien l’intense détresse des femmes victimes de violences physiques, verbales, mentales, psychologiques, … Certaines veulent déposer plainte mais la peur de représailles est tellement forte qu’elles y renoncent et préfèrent encore subir les violences plutôt que de risquer de mourir sous les coups dûs à la colère de leur conjoint s’il apprenait qu’une plainte a été déposée. Elle a ensuite exposé les nombreuses missions du Refuge pour femmes battues de Liège. L’anonymat est évidemment toujours garanti et les adresses où résident les femmes battues sont tenues secrètes afin d’éviter à un mari furieux de venir attendre sa femme devant ce domicile provisoire. Lors de violences commises envers leur mère, la plupart du temps, les enfants accompagnent leur mère car une séparation serait difficile à vivre pour les enfants et cela permet de conserver une certaine harmonie familiale pour la mère et ses enfants.

Madame Laureen THEVES, de L’ACCUEIL, Maison d’accueil pour femmes et enfants de Verviers

Madame Thèves a présenté les missions de la Maison de l’Accueil de Hodimont à Verviers ainsi que ses différents rôles. Lorsqu’une situation de violence conjugale est avérée, l’autorité parentale de l’auteur d’un crime ou délit sur l’autre parent est systématiquement remise en question par la justice. Il existe une ordonnance de protection renforcée qui protège les victimes durant une longue période afin de protéger également les enfants. Les hommes violents sont dirigés, s’ils l’acceptent, vers un stage de responsabilisation leur permettant de prévenir la récidive. Madame Thèves explique que les centres d’hébergement sont tenus secrets et que la confidentialité est garantie. Dans certains cas, les femmes d’origine étrangère ont la possibilité de prolonger leur titre de séjour lorsqu’elles peuvent prouver qu’elles sont victimes de violences conjugales. Le Centre « L’Accueil » de Verviers permet à des femmes en difficulté de trouver dans une situation d’urgence un refuge pour elles et leurs enfants. Certaines personnes en détresse peuvent être accueillis au Centre même pour quelques heures. Il s’agit de faire le point avec une psychologue / assistante sociale avant de redémarrer plus sereinement. Parfois, si la situation entraîne des menaces graves de la part du conjoint violent, ces femmes sont orientées vers un foyer dont l’adresse est tenue secrète. Des menaces peuvent devenir de plus en plus concrètes mais cela arrive heureusement moins souvent. Dans des situations extrêmes, des logements sont mis à la disposition des personnes maltraitées afin de les écarter rapidement de leur conjoint violent. Il n’y a que 4 logements « secrets » dans l’arrondissement verviétois. Les centres d’accueil pour femmes battues sont peu nombreux et peu connus. Il manque cruellement de places car la demande est de plus en plus importante.

Madame Danielle COLINET, Formatrice en Wendo (auto-défense) à l’asbl « D-CLIC » de Liège

Madame COLINET nous a présenté ce qu’est le Wendo. Le wendo, de women (femme) et de do (voie-chemin) est une méthode d’autodéfense qui nous vient du Québec, pensée par des femmes pour des femmes. Il tient compte des différences morphologiques entre les femmes et les hommes, de la façon dont nous avons intégré la violence et de la spécificité des agressions contre les femmes. Il ne s’agit pas de se battre à tout prix mais de disposer des moyens de se défendre lorsque l’on est agressée. Les femmes qui pratiquent le Wendo n’en parlent généralement à personne car il s’agit d’obtenir un effet de surprise lorsqu’une agression est commise. Un stage à destination des femmes souhaitant apprendre quelques techniques de self-défense et de confiance en soi aura lieu courant mars 2015. Il aura une durée de 2 jours et sera organisé les 8 et 15 mars 2015 en collaboration avec les Femmes

 

 

2014 – Nous les femmes, quelle Europe voulons-nous?

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Présentée par :

 

Madame Marie ARENA, Sénatrice

C’est avec un grand plaisir que le Centre Femmes / Hommes – Verviers a accueilli Marie Arena au Centre afin de lui permettre de nous tracer un tableau réel des discriminations dont sont encore victimes les femmes actuellement C’était aussi l’occasion de revenir sur les dérives et les inégalités liées à cette problématique, aussi bien en Belgique que dans les différents pays européens.

 

La Présidente lut son discours d’accueil au cours duquel elle remercia chaleureusement Marie Arena, Sénatrice, féministe convaincue et Experte en la matière, pour sa présence. Elle exposa ensuite les objectifs du Centre pour l’année 2014.

D’après une étude commandée par l’Internationale des Services publics et parue en juillet 2012, il apparaît que la crise économique et les mesures d’austérité strictes imposées par de nombreux gouvernements réduisent à néant ce que les femmes avaient réussi à obtenir ces 30 dernières années.

Pourtant, les femmes représentent 51 % de la population mondiale et 53 % de la population européenne. Il est légitime de leur rendre leur place au sein de la société, place qui leur est acquise, par la signature du traité de Rome en 1957 et du traité d’Amsterdam en 1997 : « l’égalité entre les femmes et les hommes constitue un droit fondamental et une des valeurs communes parmi les pays membres de l’Union européenne ».

Qu’en est-il ? Alors que la crise économique bat son plein, nous enregistrons une recrudescence des menaces patriarcales quant au travail des femmes. Les salaires de celles-ci sont encore considérés comme salaire d’appoint, secondaire tandis que ceux des hommes sont considérés comme « pourvoyeurs des revenus de la famille ».

Les hommes continuent à gagner en moyenne 20 à 25 % de plus que les femmes, la violence envers les femmes est toujours omniprésente et les femmes accomplissent encore les deux tiers des tâches domestiques non rémunérées. Elles sont les plus nombreuses dans les emplois les moins qualifiés ou précaires, voire des emplois à temps partiel.

Si les femmes représentent 53 % de la population en Europe, elles n’occupent que 35 % des sièges au Parlement et 19.3 % dans les Parlements nationaux ! Nous devons réagir !

Le Pacte pour l’Egalité F / H établi en 2006 est un engagement politique pris par tous les pays européens et il doit être respecté.

Le débat vise à sensibiliser le public sur la nécessité de l’égalité entre les femmes et les hommes dans tous les domaines tant dans la vie publique que dans la sphère privée, l’égalité des genres, à savoir : l’égalité salariale, le respect, la liberté, la justice, le renforcement du pouvoir par les femmes, au niveau de la communication et des méthodes de travail, …

Marie Arena débuta son exposé et, en guise d’introduction, souligna que dans notre pays, nous avons de la chance car le gouvernement prend au sérieux les questions relatives au bien-être des femmes.

Actuellement, dans l’agenda politique, on constate un petit retrait concernant la priorité des femmes et cela est dû à différents facteurs comme, entre autres, l’important travail sur le terrain des mouvements féministes. La loi ne fait pas tout car il existe encore des discriminations flagrantes entre femmes et hommes. Il ne devrait y avoir aucune discrimination liée aux genres. L’intérêt est aussi de conserver la différence entre les femmes et les hommes, sans impliquer de relativisme dans le droit des femmes…

Ensuite, Marie Arena revint sur son parcours personnel. Issue d’une famille italienne catholique, sa mère voulut travailler très vite afin d’obtenir son autonomie et elle trouva rapidement un emploi à Bruxelles malgré l’avis négatif et très traditionnel de sa belle-mère. Par son féminisme exacerbé, la mère de Marie Arena, la dirigea, elle et sa sœur vers des études. C’est ainsi qu’elles poursuivirent des études supérieures alors que leur frère préféra exécuter un travail manuel, comme son père. Leur mère s’occupait alors uniquement de l’éducation de ses enfants et de la maison et gérait, seule, l’argent destiné à l’ensemble de la famille.   Le père de Marie Arena était porteur d’une valeur traditionnelle. Il travaillait en pauses dans le domaine de la sidérurgie. Leur mère était le pilier de la famille et gérait toute l’intendance familiale. Pour cette dernière, le travail était primordial et il fallait rester sur le marché du travail à tout prix. Il lui semblait que la contraception était indispensable pour ses filles car, selon elle, un enfant arrivé trop tôt aurait risqué de casser une carrière déjà bien lancée.

Après cette parenthèse sur sa vie personnelle, Marie Arena expliqua qu’actuellement, il subsiste encore de nombreuses injustices et discriminations à l’égard des femmes. On en répertorie un très grand nombre : elles sont physiques, psychologiques, financières, … L’Europe a tendance à donner des valeurs et des normes à atteindre. Dans les droits fondamentaux tels que les droits à l’égalité F/H, l’Europe doit être un moteur de la promotion de ces droits. Un standard émis par l’Europe devrait être suivi par tous les pays. Il suffirait de connaître les indicateurs importants au niveau du genre pour en retirer les objectifs importants et essayer de les atteindre après différentes étapes. Il faut des indicateurs stables afin d’obliger les pays à se maintenir aux positions déterminées par l’Europe. L’Etat doit prendre des mesures dans de nombreux domaines, notamment, concernant l’avortement, la prostitution, la violence à l’égard des femmes, … Il faut établir des plans coordonnés et avoir un Commissaire qui s’occupe de la question du Genre, comme il existe un Commissaire à l’Environnement.

La politique du Genre doit être coordonnée au niveau de l’Europe. L’égalité F/H est une grande avancée dans certains pays mais recule cependant dans d’autres. Il faut remettre à jour ces données pour tous les pays européens et établir une norme européenne unique.

Il est vrai que l’égalité F/H est à un moment donné une perte du pouvoir exercé sur la femme ou l’homme mais il est pourtant primordial de défendre cette égalité quelles que soient nos cultures, valeurs, origines, …

Une société où le droit des femmes n’est pas défendu est une société rétrograde. Il suffit de regarder les avancées réalisées dans certains pays et on constate immédiatement que le droit des femmes est bien défendu.

Heureusement que de nombreuses femmes, comme Marie Arena, sont des militantes et combattent ces phénomènes discriminants mais leur combat n’est pas terminé, il faut continuer.

2014 – L’euthanasie des mineurs

euthanasie des mineurs - 18-2-2014 9

Présentée par :

Monsieur Philippe MAHOUX, Sénateur / Président du Groupe socialiste au Sénat.

 

Modérateur :

Monsieur Jean-François ISTASSE, Sénateur / Député.

 

La conférence/débat sur l’euthanasie des mineurs organisée par le Centre F/H – Verviers en collaboration avec le PAC local Verviers, a récolté un franc succès.

Il est vrai que l’orateur de marque, le Sénateur Philippe Mahoux, Président du Groupe PS au Sénat, a remarquablement exposé son projet de loi (qui par la suite a été voté) devant un parterre de médecins du CHPLT mais aussi de LA CITADELLE, ainsi que plusieurs enseignants et éducateurs et responsables politiques.

Après avoir détaillé le pourquoi et le comment du besoin de l’euthanasie chez les mineurs, Philippe Mahoux a répondu aux nombreuses questions, certains parfois très critiques.

Le Sénateur a insisté sur le fait « que le mineur souffre aussi bien qu’un adulte et qu’il a le droit de demander d’abréger ses souffrances ».

La loi sur la dépénalisation de l’euthanasie permet aux mineurs d’y avoir accès. L’euthanasie n’est pas un crime et n’est plus un délit mais les conditions pour y accéder sont évidemment très drastiques.

Pour autoriser une euthanasie, il faut que de nombreuses conditions soient réunies. En effet, les enfants malades doivent être atteints d’une maladie totalement incurable qu’aucun moyen ne permette de soulager leurs souffrances physiques.

Une association pour le droit de mourir dans la dignité a été créée. La loi du 28 mai 2002 relative à l’euthanasie régit l’acte d’euthanasie. L’euthanasie est reconnue comme un droit pour chaque malade à poser ses choix en termes de vie et de mort pour autant qu’il se trouve dans les conditions édictées par la loi.

On peut exprimer des intentions et des refus en matière de soins de santé et de fin de vie pour le cas où on ne serait plus en état de manifester clairement sa volonté (coma, par exemple) en rédigeant ce qu’on appelle une « déclaration anticipée de volonté ».

Dans une déclaration anticipée de volonté, le patient encore capable d’exprimer sa volonté, demande de manière explicite que soit pratiquée l’euthanasie.

Cette déclaration est valable si :

– Elle a été rédigée selon le modèle de formulaire que prescrit la loi.

– Elle a été établie ou confirmée moins de cinq ans avant le début de l’impossibilité pour le patient de manifester sa volonté.

– Elle a été établie en présence de deux témoins majeurs dont au moins l’un n’a aucun intérêt matériel au décès.

Cette déclaration peut aussi désigner une ou plusieurs personnes de confiance qui le moment venu, mettront au courant le médecin traitant de la volonté du patient. Ces personnes de confiance cosignent le formulaire.

Le patient peut à tout moment retirer ou adapter sa déclaration anticipée de volonté. Elle ne sera de toute façon exécutée que si le patient est atteint d’une affection accidentelle ou pathologique grave et incurable, qu’il est inconscient et que son état est jugé irréversible.

En dehors de cette déclaration anticipée, une euthanasie peut être pratiquée à la demande expresse du patient au moment où il est encore en état d’exprimer sa volonté actuelle de mourir.

Cette demande doit être faite par écrit, datée et signée. Elle peut être rédigée par une tierce personne en présence du médecin si le patient n’est pas capable d’écrire (paralysie, par exemple).

Conditions :

Une euthanasie ne peut être pratiquée que si les conditions suivantes sont remplies :

– Le patient est majeur (ou mineur anticipé) au moment de sa demande.

– Le patient est capable et conscient au moment de sa demande.

– La demande écrite est formulée de manière volontaire, réfléchie et répétée.

– La demande ne fait l’objet d’aucune pression extérieure.

– Le patient se trouve dans une situation médicale sans issue.

– La souffrance physique et/ou psychique est constante, insupportable et inapaisable.

– L’état du patient est dû à une affection accidentelle ou pathologique grave et incurable.

Devoirs du médecin :

La loi ouvre un droit à la demande d’euthanasie, pas à l’euthanasie : le médecin n’est donc pas obligé de pratiquer l’euthanasie. C’est au patient qu’il revient de trouver un médecin qui accède à sa demande. Avant de pratiquer l’euthanasie sur le patient, le médecin doit impérativement :

– L’informer de son état de santé et de son espérance de vie

– Evoquer avec lui toutes les possibilités thérapeutiques et en arriver avec le patient à la conviction qu’il n’y a aucune autre solution raisonnable dans sa situation

– S’assurer de la persistance de sa souffrance et sa volonté répétée d’en finir

– Consulter un autre médecin quant au caractère grave et incurable de l’affection et l’en informer

– S’entretenir avec ses proches si le patient le souhaite et le cas échéant, s’entretenir de la demande avec l’équipe soignante en contact régulier avec le patient

– S’assurer que le patient a eu l’occasion de s’entretenir avec les personnes qu’il souhaitait rencontrer

– Si le décès ne doit pas intervenir à brève échéance, consulter un deuxième médecin quant au caractère constant, insupportable et inapaisable de la souffrance et au caractère volontaire, réfléchi et répété de la demande

– Laisser s’écouler un mois entre la demande écrite du patient et l’acte d’euthanasie

– Constituer un dossier médical

La responsabilité du médecin est engagée dans un acte d’euthanasie. En cas d’irrégularité, la Commission de contrôle et d’évaluation qui vérifie si l’euthanasie a été pratiquée dans le respect des conditions légales, peut transmettre le dossier à la justice.

Le médecin (et non l’infirmière) doit prendre le temps de mûrir sa réflexion car il s’agit de sa responsabilité qui est engagée. Cette décision est très lourde et irréversible. Il y a tout un aspect éthique, déontologique, … à prendre en compte avant de donner l’accord pour la pratique d’une euthanasie.

Si le patient est encore dans un état de conscience suffisant, il peut effectuer lui-même la demande d’euthanasie et en parler longuement aux médecins. Cela ne se fera pas sans l’accord de deux médecins et de la famille. Il est important aussi que le mineur jouisse de sa capacité de discernement.

Et pour la petite histoire, il faut savoir que les Bouddhistes sont d’accord avec la loi sur l’euthanasie chez les mineurs…

Une réponse à des situations insoutenables doit toujours être trouvée. Il faut créer un espace de liberté réel avec des balises très bien placées de sorte à éviter tous types d’abus.

Actuellement, 1 400 euthanasies ont été pratiquées sur des adultes en Belgique. Pendant 9 ans, personne n’a critiqué cet état de fait puis tout d’un coup, les critiques ont abondé.

La nouvelle loi s’applique aux majeurs ou mineurs émancipés qui sont atteints de maladies dégénératives, cancers incurables, … pour lesquels il n’existe plus aucun traitement et qui n’ont alors plus aucune perspective d’avenir ou de guérison.

Auparavant, la souffrance était une fatalité mais actuellement, la situation a évolué. Il s’agit d’un progrès important. L’euthanasie est un acte ultime posé par un médecin. La charge émotionnelle est importante pour le corps médical.

Pour autoriser l’euthanasie d’un enfant se trouvant dans un état incurable, la demande aux pédiatres permet de venir en aide aux mineurs se trouvant dans une situation désespérée et dans une souffrance devenue insupportable. Heureusement, les cas d’euthanasie de mineurs sont rares.

Un mineur peut-il prendre la décision seul ? Oui, en Hollande, c’est le cas pour les enfants âgés de plus de 12 ans. Il est très difficile, dans notre pays, de fixer un âge minimum car les enfants doivent disposer d’une capacité de discernement importante.

Les enfants effectuent la demande mais l’avis parental est indispensable. Le patient demande et le médecin répond.

Le Sénateur – Député, Jean-François Istasse, était au Sas Compas-Format Verviers début février dernier pour expliquer et débattre avec les jeunes du projet sur l’euthanasie et les jeunes. Brillant débat de la part du Sénateur-Député et grande participation des jeunes.