2012 – Auschwitz, plus jamais ça…

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Présentation :

Monsieur Jean Cardoen, Historien – Directeur de l’IV – INIG – Bruxelles

Monsieur Roger Hennemont, Déporté et Prisonnier de guerre des camps de concentration d’Esterwegen et de Dachau.

Avec l’aide de Monsieur Helmut ERNST, Assistant social germanophone à l’Institut national des invalides de guerre.

 

La Présidente remercie et présente les intervenants de la soirée durant son discours de bienvenue. Alors s’élève la musique de La Brabançonne. Ensuite, la parole est donnée à Monsieur Cardoen.

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Il présente un Powerpoint sur les camps de concentration en Allemagne et il explique qu’il y eut près de 20 000 lieux de détention en Allemagne et dans les territoires occupés.

L’IV-INIG fut créé en 1919, sous la tutelle de La Défense ; il a trois grandes missions :

– Sa première mission est le remboursement des soins de santé aux invalides de guerre.

– La seconde est une mission d’assistance sociale via des services sociaux appropriés.

– La troisième est la préservation et la transmission de la mémoire.

Les anciens ont remarqué que 50 ans après la guerre mondiale, le message pour la liberté disparaissait de plus en plus. Il était grand temps d’agir rapidement pour perpétuer le souvenir et surtout lutter contre la résurgence des partis d’extrême droite et le populisme.

L’aspect de transmission de la mémoire est important car il s’agit de transmettre au plus grand nombre les valeurs d’antifascisme, de patriotisme, de respect des droits de l’homme et de tolérance prônés par l’Institut.

L’IV-INIG organise régulièrement des rencontres de la mémoire. Il s’agit de visites de sites historiques à propos desquels Monsieur Hennemont a souvent témoigné dans les écoles. L’IV-INIG se rend souvent au Fort de Breendonk avec des groupes scolaires. Il apparait qu’il y a de moins en moins de personnes lors des commémorations et l’Institut souhaite redonner une nouvelle impulsion à cela pour créer une vraie communion entre l’ancienne et la jeune génération.

Il existe également un autre projet spécifique appelé « Too young » (« Trop jeune pour mourir ») qui consiste à ce que des jeunes parrainent des soldats tués, essentiellement des militaires belges. Il y a 21 cimetières de ce type en Belgique avec des pelouses d’honneur, ce que l’on retrouve dans presque tous les cimetières. L’IV-INIG essaie que les jeunes adoptent une tombe. Monsieur Hennemont rappelle qu’  « à Henri-Chapelle, il y a 7 783 tombes de G.I. américains tombés pour la liberté de la Belgique et qu’à Neuville-en-Condroz, il y en a exactement 5 880 ! »

C’est en souvenir de ces jeunes Américains, Anglais, Australiens, … venus se faire tuer loin de chez eux, et surtout afin de leur rendre hommage, que ce projet est accessible à tous (voir le site internet : www.warveterans.be).

En 2008, le « Train des Mille » a permis de réunir les écoles de tous les coins de la Belgique afin d’emmener 1 000 jeunes vers des lieux de commémoration tels que Dora et Buchenwald.

Des expositions ont été créées suite à cela. Une cinquantaine de grands panneaux mobiles sont régulièrement exposés dans les écoles. Le Centre Femmes / Hommes – Verviers souhaite présenter cette exposition dans les écoles de Verviers car il est indispensable de rappeler cette période de l’Histoire.

L’exposition présente deux facettes de la déportation : la déportation politique dont fut victime Monsieur Hennemont et la déportation raciale.

L’IV – INIG a également réalisé une grande carte des camps.

Monsieur Cardoen signale qu’il reste encore des veuves de combattants de 14 – 18 mais plus aucun homme survivant. Par contre, il reste encore des prisonniers de 40 – 45.

Il détaille les différents types de personnes qui ont été victimes de la guerre (vétérans, enrôlés de force, démineurs, prisonniers, tziganes, juifs, homosexuels, …).

Au niveau des camps, on en a répertorié environ 20 000. C’est énorme. De gros camps contrôlaient d’autres petits camps, appelés Kommandos (environ 8 000 prisonniers).

L’idée de répertorier tous ces camps est la conséquence d’un voyage vers les lieux de déportation en compagnie d’anciens détenus. A cette occasion, l’IV-INIG constata que les camps avaient presque totalement disparu. Il ne restait que d’immenses prairies et presque rien ne permettait de dire que ces lieux avaient été témoins de telles horreurs… Il fut donc décidé de les compter et d’y installer un mémorial en hommage aux milliers de victimes et aussi afin que les jeunes puissent y venir et perpétuer ainsi le devoir de mémoire.

Monsieur Cardoen décida de créer une grande carte des camps reprenant également les Kommandos. Il retrouva dans un musée une carte réalisée à la main, de manière très précise, par Monsieur Behalven, probablement employé dans ce musée. Monsieur Cardoen relança ses recherches à partir de 1 700 lieux environ et prit connaissance d’une liste composée de tous les prisonniers détenus dans les camps.

Son souhait était d’établir une carte non seulement historique mais également pour que le passé puisse servir (« The past may serve »). Son objectif était aussi éthique afin que tous puissent en prendre connaissance et comprendre l’histoire.

Tous les camps étaient différents car il existait des dizaines de lieux de détention en Allemagne nazie, et c’est vraiment très complexe.

L’IV-INIG procéda aux recherches et vérifia quel était la mission de ces camps (concentration, euthanasie, détention, travail, …). Tous purent être placés de façon très précise sur la carte. Tous les noms des détenus furent contrôlés. En Pologne, il y eut énormément de camps et les Allemands germanisèrent une grande partie de la Pologne. Sur la carte, le tracé des frontières a été effectué avant et après la conquête. Ainsi, on peut dire que cette carte des camps est très précise.

Monsieur Cardoen retrouva des listes et cela lui permit de créer des bases de données Excel. Il eut ainsi une multitude de données comparatives. De nombreux atlas furent utilisés. Concernant le site de Buchenwald, les données sont très fiables car ce sont des experts qui y ont travaillé (professeurs d’université, …).

Sur le site des communes où on retrouve des monuments aux morts, on sait automatiquement qu’il y a eu des détenus dans cette commune mais il subsiste des doutes pour l’existence de certains camps. Ensuite, les camps sont tous placés géographiquement sur la carte et on obtint après cela 2 100 lieux de détention. Il en existe près de 20 000 mais s’ils avaient tous été répertoriés sur la carte, il n’y aurait plus qu’une immense tache noire, et donc inexploitable pour les étudiants… Il y eut des camps dans toute l’Europe (Italie, Espagne, …).

Il y eut aussi de nombreux camps d’extermination … et il existait aussi des camps pour prisonniers de guerre, appelés des Stalags. Le régime était un peu moins sévère que dans les camps de concentration mais les prisonniers souffraient beaucoup malgré tout.

Hitler accéda au pouvoir en mars / avril 1933 et un mois après son accession, les premiers camps étaient construits.

Au début, on arrêtait les socialistes, les syndicalistes, les intellectuels, et essentiellement les gens de gauche. Pour finir, tout le monde se retrouva dans les camps. Le camp de Dachau a été le camp « modèle » dont tous les autres camps se sont inspirés. Dans les camps, les chefs de camp traitaient directement avec les SS. Dès 1939, on extermina les handicapés mentaux – les Polonais furent mis aux travaux forcés – les Juifs furent enfermés dans des ghettos pour travailler dans des ateliers clandestins.

Dès 1940, le système devint international et toutes les nationalités furent regroupées dans les camps. Tous se cotoyaient ; cela se passait mal ou bien !

En 1942, les plans de la « solution finale » furent établis. 1 300 000 personnes furent massacrées par balles. Un rapport de 200 pages sur les massacres fut établi et il répertoriait les personnes tuées, par village. C’était une liste administrative, identique à celles des abattoirs.

Comme cela devenait compliqué pour les soldats de tuer autant de personnes tous les jours, le gazage fut introduit. Il était versé sous forme de cristaux dans la chambre à gaz. Les prisonniers du Commando spécial retiraient les corps et comme ils étaient témoins de cela, ils furent exécutés. Le gaz causa la mort de 3 500 000 personnes.

Les jeunes de 21 à 45 ans étaient déportés pour le travail. Il existait « les marches de la mort ». C’était des marches de plusieurs centaines de kilomètres au cours desquelles une multitude de détenus furent exécutés car ils ne marchaient pas assez vite.

Monsieur Cardoen explique les différentes significations des écussons en forme d’étoile. Chaque couleur était attribuée à un type de prisonnier (bleu pour les apatrides, rose pour les homosexuels, vert pour les prisonniers de droit commun, noir pour les associaux, …). A ce jour, l’étoile rouge est toujours portée en mémoire des anciens prisonniers de guerre. Il est aussi le symbole de l’antifascisme.

La carte des camps fut complétée par une autre relative aux Stalags. Il y eut environ 8 000 lieux de détentions et 3 000 ghettos juifs en Pologne.

Le Père Desbois, mondialement connu, effectue des recherches à travers le monde pour retrouver les camps et les fosses et ainsi mettre à jour les listes des prisonniers tués.

Cette année, le Train des Mille rassembla 1 000 jeunes. Un train de 500 mètres de long avec 17 wagons ! La Présidente et son mari, Helmut Ernst, ont participé activement à ce projet. Le Premier Ministre Elio di Rupo est venu sur place à Auschwitz et a délivré un excellent message pour l’antifascisme.

Monsieur Cardoen nous fait remarquer que le camp de Buchenwald est un camp important qui se trouve à seulement à 6 heures de voiture de chez nous… C’est un camp très impressionnant, proche de Dora (camp souterrain creusé à la main). Les élèves qui l’ont visité ne reviennent plus tout à fait comme avant ; ils reviennent l’esprit empreint de gravité. Ainsi s’achève la présentation de l’Historien.

Alors vient le tour de Monsieur Hennemont de partager son vécu dans les camps d’Esterwegen et Dachau. Il fut déporté à l’âge de 19 ans et est aujourd’hui âgé de 89 ans.

Il présente les témoignages, dont le sien, de personnes remarquables qui ont séjourné dans le camp de Dachau.

Ensuite, il explique son travail et sa vie dans les camps. Il fut affecté au service de la désinfection électrique. Il avait perdu une quarantaine de kilos dans les camps par malnutrition… Il nous raconte qu’il était devenu comme un animal à cause des traitements subis. Battu pour un rien, Il était devenu agressif.

A Dachau, de 1933 à 1940, on recensa 23 nations, même des Américains et des Anglais. Personnellement, il portait le matricule 134914, cela signifie qu’il y eut énormément de détenus avant lui à Dachau. Son caractère optimiste lui fait dire que dans son malheur, il a toujours eu beaucoup de chance d’avoir pu échapper à la mort. Une philosophie qui n’est pas à portée de tous. Il avait la rage de vivre et un fort esprit de vengeance.

Il ne pourra jamais oublier ni pardonner. Il resta d’abord deux ans à Esterwegen puis fut envoyé à Dachau.

C’est l’armée belge qui s’occupa du rapatriement des détenus. Un voyage de 3 jours… au cours duquel il put enfin manger à sa faim après tant d’années de privations. Le dernier jour, il arriva Place Saint-Lambert à Liège et fut reçu à l’Hôtel des Invalides. Des médecins étaient là pour détecter d’éventuelles maladies. A son arrivée à Verviers, il reçut un gros colis de la Croix-Rouge puis il rentra enfin chez lui, au grand bonheur de sa mère.

Après ce témoignage si émouvant, le public posa de nombreuses questions à Monsieur Hennemont et ensuite, nous avons eu l’avantage de découvrir le reportage inédit réalisé par TV5 Monde lors du voyage du « Train des Mille » à Auschwitz en mai 2012. Celui-ci sera retransmis à des millions de spectateurs à travers le monde via les émetteurs étrangers.

Cette soirée rassemblant plus de 60 personnes fut très instructive et émouvante. Elle s’est terminée vers minuit tant les discussions étaient animées et intéressées.

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